« 10 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 135-136], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6121, page consultée le 06 mai 2026.
10 décembre [1844], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour, Toto, bonjour, mon cher petit Toto, bonjour. J’ai joliment chaud dans votre
bonne douillette1 rouge. Je me suis
ingérée de la mettre ce matin et je vous prie de croire que je la sens mieux que le
point du jour. Mets-tu la tienne, toi, au moins ? Ce ne serait pas la peine de te
donner des bonnes petites pelures de satin blanc et de flanelle écarlate pour que
tu
ne t’en servesa pas.
Tu as bien
fait de venir de bonne heure hier, mon petit bien-aimé. Il y avait bien longtemps
que
cette bonne fortune ne m’était arrivéeb. C’est une si grande joie pour moi de te voir que je ne trouve
jamais que ce soit assez ; mais je te remercie du fond de l’âme pour le bon petit
bout
de soirée que tu m’as donné hier. Je vais suivre ton conseil et écrire à Claire. Cette chère enfant devient de jour en jour
plus charmante et j’espère que d’ici à très peu de temps elle sera tout à fait une
bonne et aimable jeune fille. Elle t’en devra la plus grande et meilleure partie,
ce
dont elle est bien convaincue maintenant. Quant à moi, je te dois tout. C’est une
reconnaissance de tous les instants de ma vie. Outre l’amour et l’adoration que j’ai
pour toi, je serais bien heureuse si je pouvais donner ma vie pour toi. Tu ne sais
pas
tu ne sauras jamais peut-être combien tu es aimé de ta pauvre Juju.
J’espère que
je te verrai tout à l’heure, mon petit homme chéri, rien que le temps de te voir
entrer et sortir suffit pour me donner du courage pour toute la journée. Tu as oublié
ta cravatec noire cette nuit. Je
suppose que tu en auras une autre. D’ailleurs Toto second2 et Charlot ne sont pas des turcs et te prêteront bien
la leur. Je t’attends et je t’aime comme toujours.
Juliette
1 Robe de chambre.
2 Juliette nomme ainsi François-Victor Hugo.
a « serve ».
b « arrivé ».
c « cravatte ».
« 10 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 137-138], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6121, page consultée le 06 mai 2026.
10 décembre [1844], mardi soir, 5 h. ¾
Je ne suis pas fâchée, mon Toto je ne suis même pas grognon, ô Miracle ! Je te fais seulement remarquera que je ne sors pas de mon trou et que
je finirai par perdre l’usage de mes jambes, voilà tout. Du reste, quand tu voudras,
quand tu pourras tu me feras sortir, à ton aise, pourvu que ce ne soit ni à onze
heures du soir ni à une heure du matin. Voilà mon programme. Trop heureuse qu’il vous plaise de m’avoir un instant à vos sacrés pieds.
J’ai payé Granger tantôt. Je vais donner
tout à l’heure 6 F pour renouvelerb les 2 reconnaissances montant ensemble à 62 F. plus le
blanchissage d’aujourd’hui et je reserai sans le sou si vous
ne voulez pas que je prenne l’argent du mois de Suzanne. Demain j’aurai du liquide à acheter
pour 8 F. Je te dis ces jolies choses-là parce que tu le
veux et qu’il faut d’ailleurs que je t’avertisse pour que tu ne te trouves pas pris
de
court. Je n’ai pas d’Eulalie. Je ne sais pas
quand elle viendra. Si tu penses avoir besoin de ta cravate très prochainement,
dis-le-moi et je la ferai blanchir au bout de ma rue. Il faudra que je pense à te
le
demander ce soir. Tu m’as dit aussi de te faire penser à demander à Varin si le Dumouchel de l’Hôtel de Ville était le sien.
Je te le rappelle parce que le temps approche où nous allons en avoir besoin1. Il faut bien que tu nous
couvresc de ta protection : autant
elle qu’une AUTRE. Moi je m’en
fiche de votre protection. C’est moi qui vous EXAMINERAI de la tête aux pieds et à
la
première faute d’orthographe je vous ficherai des bons coups
dans le nez. En attendant tâchez de marcher droit et de ne pas vous épater sur votre
ACADÉMICIEN2. Je vous attends avec toutes
sortes d’impatiences plus pressantes les unes que les autres.
Juliette
1 Claire Pradier passera plusieurs fois sans succès l’examen pour devenir institutrice.
2 À élucider.
a « remarqué ».
b « renouveller ».
c « couvre ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
