« 3 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 245-246], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11626, page consultée le 24 janvier 2026.
3 mars [1844], dimanche matin, 11 h.
Bonjour, mon petit bien aimé, bonjour mon adoré petit Toto, bonjour, je t’aime.
Comment vas-tu ce matin ? Comment m’aimes-tu ? J’ai rêvé de toi toute la nuit, mon
cher petit. Quand je dors je rêve de toi, quand je suis éveillée je pense à toi, je
ne
pense qu’à toi et je ne désire que toi.
Tu es sans doute occupé à encadrer ta
grand-tante ce matin ? Je voudrais bien savoir si les petits goistapioux ont poussé des rugissements d’admiration
en voyant le cadre ? Il est vrai qu’ils sont un peu blasés sur toutes ces choses,
mais
quant à moi je suis encore à ma première impression pour tous les bric-à-braca de la nature, VOUS COMPRIS.
Baisez-moi et permettez-moi de me ficher un peu de l’ACADÉMICIEN que je respecte…
pas.
J’ai reçu une lettre de Brest1 m’annonçant un envoi de coquillages tout assaisonnés pour la
pleine lune qui sera la semaine prochaine. Si c’est bon je te les donnerai, je
regretterai seulement que ma pauvre péronnelle2 ne soit pas là pour en manger.
J’aimerais mieux que ces
bonnes gens ne m’envoyassent rien ou, s’ils tiennent absolument à m’envoyer quelque
chose, que ce soit un costume complet d’une grisette des Îles Marquises, l’ameublement
d’un grand chef ou la maison de la reine Pomaré3. Mais
je ne peux pas leur dire ça et voilà ce qui m’enrage. En attendant, les coquilles
de
Saint-Jacques, je prends la liberté de vous dire que je vous aime et que je vous adore
et que je ne vous donnerais pas pour toutes les Îles marquises du monde y compris
les
grands chefs et leurs uniformes. Baisez-moi.
Juliette.
1 De sa sœur et de son beau-frère.
2 Nom donné à sa fille Claire.
3 « Pomaré IV fut la reine de Tahiti et lutta contre le protectorat français en 1842 avant de se soumettre puis d’abdiquer en 1852. » (Voir lettre du 10 octobre 1857).
a « brics-à-bracs ».
« 3 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 247-248], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11626, page consultée le 24 janvier 2026.
3 mars [1844], dimanche soir, 5 h. ½
Mon Toto chéri, je vous aime, moi, cela ne vous fait donc rien que vous ne venez pas
m’en récompenser par un peu de bonheur ? Voici la journée encore écoulée et vous
n’êtes pas venu. Est-ce que vous trouvez cela juste et bien ? Pourquoi alors ne
venez-vous pas ? Cela est d’autant plus coupable à vous que vous êtes toujours par
voie et par chemin. Vous trouvez bien le temps d’aller chez un tas de femmes qui ne
me
valent pas et vous ne trouvez pas celui de m’apporter un baiser. Si vous croyez que
cela m’arrange vous vous trompez tout à fait. Outre que cela me fâche, cela m’attriste
et me décourage.
Je me trouve bien bête et bien dupe d’aimer qui ne m’aime pas
et de désirer qui me fuit. Pour très peu de chose je jetterais le manche après la
cognée et je m’en irais dans l’autre monde voir si j’y suis. Je vous demande pardon
de
cette espèce de menace qui revient presque chaque fois que je crois que vous ne
m’aimez plus. Je sens tout ce qu’elle a de bête, ces choses-là se font et ne se disent
pas.
Jour Toto, jour mon cher petit o, vous voyez dans quel état me met votre absence. Prenez-vous en donc à vous de
toutes les stupidités et de toutes les maussaderies que je déblatère et hâtez-vous
de
me prouver que j’ai dix millions de fois tort, je vous en serai très
reconnaissante.
Juliette.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
