« 28 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 101-102], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11560, page consultée le 24 janvier 2026.
28 novembre [1843], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour bonjour, je te
baise en désir et en pensée. Comment vas-tu ce matin ? Je vous défends te tant
regarder votre belle grand-mère ou je me fâche tout rouge. Je n’ai pas envie moi que
vous tombiez amoureux, même en peinture. Je vous le défends expressément. Vous
entendez bien ça, n’est-ce pas mon cher petit enthousiaste ?
Tu sais que je t’ai
demandé de me conduire à la pension si tu avais le temps aujourd’hui. Je compte sur
toi, mon cher amour dans le cas où tu n’aurais ni commission, ni affaire, ni visite,
ni chien à fouetter ce qui est très douteux par parenthèses. Cependant je voudrais
bien voir par mes yeux où en est la tête de ma pauvre péronnelle. Et puis, mon Toto,
autre chose encore, c’est que cela me fera du bien à la tête que j’ai très lourde
et
très douloureuse aujourd’hui. Il y a bien longtemps que je ne suis pas sortie, déjà
plus de quinze jours et vraiment cela contribue à augmenter mes maux de tête. Aussi
je
compte sur toi, mon cher adoré, pour me faire sortir, si tu le peux, sinon
aujourd’hui, au moins le plus tôt que tu pourras.
J’ai envoyé payer Dabat ce matin. Nous en voilà débarrassés pour un
bout de temps.
Je suis entourée de toute ma ménagerie, j’ai l’air de madame
Vandanburgh ou de Mme Bara la fameuse marchande d’oiseaux
du boulevarda. C’est dommage que
cela fasse tant de bruit, j’en ai la tête fendue. La nécessité de les tenir chaudement
me force à les garder toujours auprès de moi ce qui rend leur férocité quelque peu
fatiganteb. Il est vrai qu’il
n’y a pas de plaisir sans peigne et de Jacquot, de Fouyou et
de Cocotte sans le bruit.
Baisez-moi vous et venez bien vite me donner des
forces et du courage pour le reste de la journée mon cher petit adoré, cela me fera
du
bien de te voir seulement une minute. Tâche de venir, je te baiserai bien et encore
plus, tu verras.
Juliette
a « boulevart ».
b « fatiguante ».
« 28 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 103-104], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11560, page consultée le 24 janvier 2026.
28 novembre [1843], mardi soir, 7 h. ¼
Si j’avais su, mon cher adoré, que tu devais t’en aller tout de suite j’aurais
attendu pour me déshabiller. Mais je croyais que tu me donnerais encore un moment
et
je ne voulais pas aller auprès de toi toute embarrassée de mes habits et la figure
couverte de mes vieux cheveux défrisés. Une autre fois, j’aurai moins de scrupules
et
je ne m’exposerai pas à perdre une goutte de vous.
Je te demande pardon, mon
pauvre ange, de t’avoir fait attendre ce soir. Si j’avais su qu’on t’avait laissé
si
bêtement entre deux portes, quelque ait été le sujet intéressanta qui m’occupait dans ce moment-là,
je l’aurais planté sans la moindre façon pour aller te rejoindre tout de suite. Une
autre fois nous nous y prendrons mieux. Je ne suis d’ailleurs, et c’est triste à dire
pour une mère, pas pressée d’aller à la pension de ma fille. Je suis si sûre d’avance
d’avoir à la réprimander sur des choses essentielles que je redoute toujours ces
visites qui deviennent pour moi des espèces d’exécutions plus ou moins pénibles. La
pauvre enfant était si loin du bien qu’il a fallu et qu’il faudra encore bien du temps
et bien des efforts avant d’y être en plein. Tout cela serait moins inquiétant si
elle
n’avait pas dix-sept ans. Ce n’est pas à moi, sa mère, à désespérer d’elle, mais je
dois rassembler tout mon courage et user de toute mon influence pour obtenir d’elle
ce
que d’autres enfants ont naturellement. Si elle m’aime véritablement, comme elle le
dit, ce sera possible. Dieu veuille que ce soit.
En attendant, je le prie bien
ardemment pour elle et pour toi car vous êtes tous les deux le but et l’affection
de
ma vie. Tu es ma vie même.
Juliette
a « interressant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
