« 26 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 155-156], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10754, page consultée le 24 janvier 2026.
26 septembre, mardi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour je t’aime, bonjour, tu es mon bel ange,
bonjour. Ne sois pas malheureux, je t’adore, tu es ma vie, mon âme, mon tout. Comment
te trouves-tu ce matin, mon Toto chéri ? Comment va ton œil et ton genoua ? Comment va ta petite Dédé ? Je vous baise tous les deux, mes pauvres
amours, et je vous défends de souffrir.
Si tu as le courage de sortir dans la
journée, mon cher petit homme, viensb
me voir. Je te frictionnerai, je te dorloteraic, je t’aimerai mon cher, cher petit homme. Si tu ne viens
pas je penserai à toi, je m’inquiéterai, je serai malheureuse, et je t’aimerai, et
je
t’adorerai. Pense à moi, mon pauvre amour, je le sentirai d’ici et cela me
tranquilliserad. Aime-moi
mon adoré et tu seras juste envers ta pauvre Juju
qui te donne toute sa vie et toute son âme.
Suzanne vient de me dire qu’il a plu toute
la nuit. Est-ce que tu aurais été mouillé mon pauvre petit ? Tu aurais dû, dans ce
cas-là, remonter prendre le parapluie1.
Je t’aurais vu encore une petite minute de plus, c’est-à-dire un siècle de joie de
plus dans mon cœur. J’attends avec impatience que tu viennes pour savoir si tu as
été
mouillé et si ton œil et ton genoue
vont toujours de mieux en mieux.
Je voudrais bien, mon Toto, que tu penses à me
rapporter un des deux canifs parce que je ne peux pas tailler de plumes et que les
miennes ne peuvent plus écrire ni d’un côté ni de l’autre. Ceci m’est absolument
nécessaire pour faire le petit gribouillis du voyage. Je voudrais ne pas trop tarder
à
l’écrire parce que je me défie de ma mémoire. La seule chose que je n’oublie pas c’est
que de t’aimer. Oh ! pour cela je ne l’oublie pas car j’en faisf toute mon existence.
Juliette
1 Ce n’est pas le style de Victor Hugo d’utiliser un parapluie : il trouvait cet accessoire ridicule.
a « genoux ».
b « vient ».
c « dorlotterai ».
d « tranquilisera ».
e « genoux ».
f « j’en fait ».
« 26 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 157-158], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10754, page consultée le 24 janvier 2026.
26 septembre, mardi soir, 4 h. ¼
Je pense à toi mon Toto bien-aimé. Je te désire mon cher adoré. Ne souffre pas ma
vie, ne sois pas triste mon âme. Pense à moi, désire-moi et aime-moi. Je t’attends
seule dans mon petit coin, la pensée toujours fixéea sur toi. Tâche de venir bientôt et tu me rendras bien
heureuse.
On vient de m’apporter un gilet à essayerb. Tu verras si la forme te convient et
on t’en fera faire dessus de très bon à 10 F. 10 s. J’espère que cette fois nous ne
serons pas aussi impunément trompés.
Je voudrais bien que tu m’apportasses un
canif quelconque, mon Toto, car je ne peux vraiment plus écrire du tout avec mes
espèces de plumes. Voilà déjà plusieurs jours que je veux te demander cela et je n’y
pense jamais quand tu es là, ce que je comprends du reste, aussi je prends le parti
de
te l’écrire afin que si tu y pensesc
de ton côté tu m’apportesd quelque
chose qui puisse me rendre l’office d’un canif. Si tu l’oublies ma foi je ne sais
comment je ferai. Je prendrai ma plume au croc et je me croiserai les jambes, ce qui
sera une grande perte pour toi en général et pour la littérature en particulier.
Taisez-vous. Je vous défends de vous moquer de moi.
Est-ce que tu n’as pas
encore fini tous tes classements, mon cher petit homme ? Je voudrais bien que tu
reprisses avec moi tes anciennes bonnes habitudes. Il y a bien longtemps que tu les
as
oubliées, mon cher petit. Je m’en aperçois moi qui passe ma vie à t’attendre et à
te
désirer. Tâche de les reprendre bientôt, mon Victor bien-aimé, et je serai la plus
heureuse des femmes.
Juliette
a « fixé ».
b « asseyer ».
c « pense ».
d « apporte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
