« 28 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 192-193], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7563, page consultée le 04 mai 2026.
28 juillet [1836], jeudi après-midi, 2 h. ¼1
Cher petit homme chéri je ne sais pas pourquoi je me figure cette fois-ci que je
serai longtemps sans te voir, ce qui rembrunit un peu mon horizon. Je sens bien d’un
autre côté le besoin où tu es de travailler, tout cela mêlé ensemble fait un
effroyable margouillis2 qui me rend le cœur très triste. Avec cela que je me
souviens de mon atrocité d’hier soir, ce qui me rend encore moins geaie. C’est bien vrai mon pauvre petit ange que j’ai
du remordsa de mon emportement féroce
d’hier, et que je voudrais l’expier par beaucoup de baisers et par beaucoup de
DOUCEUR. Pauvre petit bijou vous êtes si gentil et si doux que vous me faites honte
de
ma brutalité. Je me repens, je me repens et je ne le ferai plus jamais.
Dieu
quelle chaleur, on étouffe. Si j’osais je ne garderais que mon CHAPEAU DE PAILLE et mes souliers pour tout vêtement. Mais je crains d’être
trop séduisante dans ce négligé, ce qui fait que je me contenterai d’ôter ma chemise
de flanelle.
Dites donc mon amour, si vous avez quelques velléitésb d’aller voir les lampions et le feu
d’artifice3 venez me chercher. Ce sera toujours un moment de plus où je
serais avec vous. D’ici là je vous désire et je vous baise en pensée.
Juliette
1 Lettre chronologiquement antérieure à la précédente dans le classement du manuscrit, qui les a inversées.
2 Néologisme expressif, pour désigner un insupportable mélange.
3 Le régime célèbre l’anniversaire de sa naissance, les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830.
a « remord ».
b « velléitées ».
« 28 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 190-191], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7563, page consultée le 04 mai 2026.
28 juillet [1836], jeudi soir, 7 h.
Comme je m’en étais doutéea mon
pauvre cher bijou je ne t’ai pas revu aujourd’hui. Tu penses bien que ma remarque
n’est pas faite dans une mauvaise intention. Seulement comme je ne peux pas me passer
de te voir, je me plains chaque fois que cela m’arrive. Je crains que tu ne puisses
pas venir de toute la soirée, et alors je ne sais pas ce que je deviendrai dans ce
cas-là. Quoi qu’il arrive, tu peux être sûr que je t’aimerai de toute mon âme et que
je ne cesserai pas de penser à toi.
Je n’ai presque rien à lire ce soir. Je ne
veux pas envoyer au cabinet de lecture parce qu’il peut arriverb que tu sois assez bien avisé pour
m’apporter ta chère petite personne toute chargée de livres et de journaux et qu’il
est inutile à tout prendre de dépenser de l’argent en locations de livres quand on
peut en avoir de quoi charger six cents chameaux.
Mon Dieu mon cher petit Toto
que je vous baiserais et que je serais heureuse si vous veniez ce soir, ce serait
une
si douce surprise et j’y compte si peu et j’ai tant besoin de vous voir que ce serait
charmant à vous de venir. En vous attendant je fais peu de choses utiles. Mais je
vous
aime comme tout le monde ensemble réuni.
Juliette
a « douté ».
b « arrivé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
