« 9 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 25-26], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.146, page consultée le 24 janvier 2026.
9 janvier [1843], lundi matin 11 h. ¼
Bonjour, mon cher petit homme bien-aimé. Comment vas-tu mon cher petit, comment va
ton enfant ? Je serai bien heureuse si tu m’apportes de bonnes nouvelles ce soir.
Car,
hélas, je n’espère pas te voir avant ce soir. Le temps me paraît favorable quoique
Suzanne m’ait dit qu’il avait tombé de la
neige toute la matinée. Mais comme ce pauvre petit est très bien calfeutré dans sa
petite chambre, il ne sentira pas le froid. Je voudrais déjà être plus vieille de
quinze jours pour le savoir hors d’affaire. Pauvres chers petits, il n’y a que lui
et
vous qui puissiez, dans un cas donné, m’inspirer le désir de vieillir et me donner la philosophie d’en rire. Mais pour cela, il faut que
vous soyez bien portants et heureux.
J’aurais bien désiré qu’auparavant d’aller
à ta répétition tu veuilles me donner de vos nouvelles.
C’est peu probable avec les occupations sans nombre que tu as ; aussi je le désire
mais je ne l’espère pas.
Je vais écrire à la mère Ledon pour lui dire de venir m’apporter sa note et m’essayer mes robes.
En même temps je lui demanderai des chiffons à acheter pour faire une surprise ébouriffante à ma pauvre DD. Je tiens à récompenser sa petite vertu
généreuse. Quant à cette scélérate de Didine, c’est différent. Je ne veux pas la récompenser du tout au
contraire. Voilà comme je suis, moi : donnant donnant.
Tout cela n’empêche pas,
mon cher amour, que je n’attende ce soir avec impatience pour savoir comment va ton
petit garçon, comment vont tes affaires au théâtre et comment tu m’aimes. Si vous
êtes
bien gentil, vous ne me ferez pas attendre trop longtemps. D’ici là je vous aime bien
tendrement et je vous baise de même depuis les pieds jusqu’à la tête.
Juliette
« 9 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 27-28], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.146, page consultée le 24 janvier 2026.
9 janvier [1843], lundi soir 5 h. ¼
Je viens d’avoir une séance avec l’atroce Ribot. Ce que le Démousseau
avait prévu est arrivé de point en point. Elle ne veut pas rendre
les titres anciens, elle consent seulement à s’engager à les rendre
intégralement, et sans restriction aucune quand les quatre millea francs seront payés. Elle fera l’acte
qu’on voudra pour notre sécurité mais elle ne se dessaisira pas des titres anciens
qu’au parfait paiement des quatre milleb francs plus les intérêts légaux 5 pour
cent sans lesquels elle refuse tout net d’entrer en arrangement. Elle voulait, en
outre, ta garantie mais je l’ai fait revenir là-dessus. À
cette condition elle aurait rendu tous les titres, je le crois sans peine, mais je
lui
ai dit que : tu payais mais ne répondaisc pas. Enfin ce qu’il y a de plus clair dans toute cette
affaire c’est l’ennui que cela me cause et l’impossibilité de finir cette infâme
affaire. Cependant dans le cas où le titre de garantie de toute poursuite qu’elle
veut
me donner pouvait suffire à notre sécurité, je lui ai dit de m’en envoyer le brouillon
par la poste afin que le Démousseau l’examine de nouveau et voir si c’est
satisfaisant. Il est vrai qu’il y aura toujours pour empêchement la clause des
intérêts. Que le Diable torde le cou à cette vieille sorcière.
Ainsi voilà trois
pages employées à cette stupide histoire tandis que j’ai le cœur plein de toi et que
tout le papier de l’univers ne suffirait pas pour te dire combien je t’aime, pas plus
que les expressions les plus tendres et les plus passionnées ne te diront comment
je
t’aime.
Heureusement que j’espère te voir bientôt. Justement te voici. Quel
bonheur !!! Merci mon Toto chéri, merci, je t’adore.
Juliette
a « milles ».
b « milles ».
c « répondait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
