« 8 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 119-120], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11403, page consultée le 24 janvier 2026.
8 septembre [1842], jeudi après-midi, 3 h. ¼
Vous êtes, mon amour, un bien grand scélérat ou un bien grand imprudent de laisser
votre ŒUF dans mon NID pour me faire éprouver les angoisses de la tentation ou pour
vous exposer à ce que je regarde au moins à travers la COQUILLE. Votre petit embryon
sera bientôt un grand aigle. Vous êtes une bête et moi la femme la plus vertueusement
discrète qui soit sous la calotte des cieux. Soyez donc tranquille, mon amour, je
respecterai votre manuscrit1, quand je devrais crever de curiosité à côté. Je me
[repète ?] de nouveau pour le concours du Prix Monthyon2 que je
n’aurai pas volé si les dieux et les académiciens sont justes. À propos d’académicien,
il est probable que vous PRÉSIDEZ aujourd’hui ? Grand bien vous fasse mais à votre
place, cela m’en………..nuierait supérieurement.
Depuis que vous tapiquez3 chez moi, mes plumes, loin d’être repoussées ou d’être
devenues meilleures sont plus trognonnes que jamais, c’est à
ne plus savoir par quel bout s’en servir. Absolument comme un homme de ma
connaissance. Si c’est avec cela que vous voulez que je joigne les deux bouts
ensembleDessina, merci, allez, j’aime mieux me coucher. Je viens encore de donner vingt-six
francs dix sous pour le mois de la bonne qui n’échoit que demain mais que je lui ai
donné aujourd’hui parce qu’elle en avait besoin pour penailler. J’ai même résisté à deux mouchoirs magnifiques et à de très
belles serviettes pour ne pas surcharger le mois de la fameuse robe. Rien n’est encore
tout à fait décidé à cet égard. Le père Ledon rapportera demain d’autres échantillons et puis je me déciderai
irrévocablement. Il sera temps j’espère. Pauvre bien-aimé
adoré, merci merci. J’en avais bien besoin et surtout bien envie, ce qui est bien plus que besoin. Tu es encore
bon comme un pauvre ange cette fois-ci, comme tu l’es toujours pour tout. Je t’en
remercie, mon adoré, autant que je t’aime. J’espère que tu n’iras pas à Saint-Prix
aujourd’hui ? Cependant, je n’ose pas m’y fier car tu es capable de tout. Mais si
tu y
vas, mon adoré, sois heureux, pense à moi et reviens bien vite. Je t’aime.
Juliette
1 Victor Hugo a commencé une première rédaction des Burgraves, qui subira des changements importants dans la version définitive.
2 Le prix Montyon est un ensemble de trois prix (dont un prix de vertu) décernés par l’Académie française et l’Académie des Sciences.
3 Tapiquer (argot) : habiter, demeurer. Hugo travaille chez elle et utilise ses plumes.
a Une grande partie de la page est recouverte
par un dessin (reproduit sur la page suivante) de Juliette essayant littéralement
de
« joindre les deux bouts » face à Victor Hugo.

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
