« 4 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 124-125], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5886, page consultée le 10 mai 2026.
4 juin [1836], samedi soir, 6 h. ¼
Cher adoré, hier à cette heure-ci j’étais loin de m’attendre à la bonne surprise que tu m’as faite en venant me chercher pour passer la soirée touta entière avec toi. Aujourd’hui, je ne m’y attends pas non plus et ce serait plus que du bonheur si tu venais me surprendre de la même manière, mais les quines à cette loterie-là…
7 h. ½
Si ce n’est pas un quine que je gagnerai ce soir, ce sera du moins un bel et bon quaterne1. Je suis
toute prête, mon cher bien-aimé, je t’attends sous les armes.
J’espère que
Nanteuil sera venu et qu’il aura mangé
toutes les sardines.
Il me semble que si tu ne venais pas, à présent que je me
suis faite à cette idée-là, que j’aurais un chagrin inconsolable. Mais tu n’es pas
capable de me jouer un tour si noir et tu viendrais n’importe à quelle occasion rien
que pour me donner du bonheur dans le cœur et de la joie dans toute ma personne.
Je t’aime, mon Victor, je te dis toujours la même chose, c’est qu’après mon amour
je
n’ai rien dans l’esprit, rien dans la vie qui mérite d’être dit. Je t’aime.
J.
1 « Quine » est l’expression que prononce au loto le joueur ayant rempli victorieusement une ligne d’un carton. Le vainqueur par « quine » a été plus chanceux que le vainqueur par « quaterne » (qui arrive second).
a « toute ».
« 4 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 126-127], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5886, page consultée le 10 mai 2026.
4 juin [1836], samedi soir, 7 h. ¾
Je ne te fais pas grâce d’une seule lettre ; tant pire, pourquoi que vous me donnez
trop d’amour ? Il faut bien que j’en mette quelque part, je ne peux pas tout le
contenir. D’ailleurs vous êtes le maître de faire de celle-ci ce que vous avez fait des autres : ne pas les
lire. Je ne vous en aurai pas moins dit que je vous aime de toute mon âme, de toutes
mes forces, que vous êtes mon Victor bien-aimé, mon Toto chéri, mon petit homme adoré.
Je pense que le tailleur aura été de mon avis. Je ne m’y connais pourtant pas
assez pour donner mon avis à coup sûr.
Voici l’heure qui s’avance, mon cher
Toto, j’ai une peur de chien que tu ne viennes pas. Voici qu’il pleut, aussi tout
favorise ton séjour chez toi. C’est bien ravissant pour moi qui avais compté sur ton
exactitude. Pauvre amour, ne crois pas que je te gronde. Je grogne seulement après
les
circonstances parce que je t’aime, parce que je t’aime, parce que je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
