« 26 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 181-182], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10678, page consultée le 26 janvier 2026.
26 juin [1842], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme. Je ne suis pourtant pas contente de vous, mon pauvre petit manchot, car vous ne venez pas plus déjeuneravec moi que rien du tout malgré toutes les belles promesses que vous me faites tous les jours. Je suppose que Zoé1 n’est pas étrangère à cet empêchement et je suis décidée à agir en conséquence. Vous n’avez qu’à vous bien tenir, mon cher petit scélérat, je ne vous dis que ça. Comment va notre petit garçon2 ? Comment avez-vous passé la nuit tous les deux, mes chers petits amis ? Si ça pouvait être bien, je serai BIEN HEUREUSE car ma joie, ma santé et mon bonheur sont en vous, mes chers petits hommes ravissants. Je t’aime mon Victor bien-aimé, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime. Mes deux monstres font joliment bien sur ma cheminée, on dirait qu’ils ont été faits exprès pour elle. Quand je pense avec quelle grâce et quel empressement tu me les as donnés, mon cher bien-aimé, je les trouve encore plus charmants et je les en aime davantage. Je ne dis pas que je t’en aime davantage parce que depuis le premier jour de notre amour le plus est impossible, mais tout ce que tu fais de bon et de doux, je le sens dans mon cœur avec des transports de reconnaissance et d’adoration à faire envie au bon Dieu. Quand te verrai-je, mon toto chéri ? J’ai bien besoin de savoir comment va le petit garçon, comment va ta pauvre petite patte blanche et j’ai bien besoin de te caresser et de te baiser à bouche que veux-tu ? Tâche de venir tout à l’heure, ce sera d’ailleurs le bon moment et je ne serai pas fâchée d’avoir ton avis sur l’excellence de la mécanique et la perfection du corset, vous en jugerez d’après nature. Dépêchez-vous si vous voulez jouir du coup d’œil.
Juliette
1 À identifier.
2 François-Victor, fils de Victor Hugo, se remet d’une maladie.
« 26 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 183-184], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10678, page consultée le 26 janvier 2026.
26 juin [1842], dimanche après-midi, 2 h.
Dépêchez-vous de venir, mon cher amour, jouir du coup d’œil du fameux costume de chaleur que je mets malgré la pluie et le vent pour faire
plaisir à Claire et aussi, et surtout, pour vous plaire. Vous avez bien perdu de n’être
pas venu tout à l’heure pour le grand acte du corset, mais comme il y a quelque chose
à rectifier, vous pourrez dans deux jours avoir la première
représentation de cet important élément dont la cérémonie d’aujourd’hui n’est qu’une
répétition générale.
Mon Dieu que je suis bête quand je suis SPIRITUELLE, c’est à
me donner des grands coups de pieds sur mes [clunes ?]1 les plus [clunes ?]. Vraiment il n’est pas permis
d’être aussi stupide que je le suis. Je commence à croire que ce pourrait bien être
moi qui vous aie vendu les Feuilles d’automne trois cent
francs dont vous avez fait trois cent mille francs sans remords comme un brigand que
vous êtes. J’en ai bien du regret à présent, une autre fois vous ne m’y reprendrez
pas, vous pouvez y compter. En attendant ne me faites pas attendre pour savoir comment
vous avez passé la nuit, comment va le petit garçon et comment fonctionne votre pauvre
petite patte que je baise et que j’adore de toute mon âme. Baisez-moi mon cher petit
homme et venez bien bien vite. Je suis très pressée de vous voir. Je suis en train
de
gagner mes monstres, je travaille à force à votre
tapisserie, je voudrais l’avoir fait pour votre fête. Oui, mon pauvre ange adoré,
je
veux que vous ayez quelque chose de moi dans votre petit[e] chambre
pour ce jour-là. Mais il faut que je me dépêche. Je vous aime mon amour.
Juliette
1 Juliette emploie ce mot à cette époque, sans qu’on parvienne à l’élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
