« 25 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 342-343], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2175, page consultée le 25 janvier 2026.
25 avril [1836], lundi matin, 10 h.
Bonjour mon cher bien aimé, comment vont tes pauvres yeux ce matin ? Tu paraissais
beaucoup souffrir hier au soir, pauvre cher adoré. J’ai passé une assez mauvaise nuit,
aussi moi ; mais je vais mieux ce matin, il ne me reste qu’un peu de douleur et de
fatigue à l’endroit malade.
Je t’aime, mon Victor
chéri. Tu m’affliges, ou plutôt nous nous affligeons mutuellement par des défiances
absurdes et par des susceptibilités hors de propos. Moi, encore suis-je pardonnable
car j’ai continuellement l’appréhension que tu me compares à quelqu’un et que cette
comparaison ne m’est pas favorable. Mais toi, tu n’as rien à redouter. Il est
impossible d’être plus entièrement à toi et plus confinée dans mon amour que je ne
le
suis et, quoi que tu en dises, toujours prête à te donner des preuves de dévouement
et
d’abnégation sincères. Aussi serait-il temps que nous quittassions l’un envers l’autre
cette attitude soupçonneuse qui introduit de l’hostilité dans les moments les plus
doux et les plus expansifs de notre vie. Ce que je te dis là, mon cher adoré, je me
le
dis aussi à moi, car je comprends que j’ai été trop souvent coupable envers toi de
défiance, que ne méritait pas ta conduite noble et dévouée. Je t’en demande pardon
du
plus profond de mon âme et je tâcherai bien à l’avenir de ne pas retomber dans la
même
faute. Je t’aime mon adoré. Je me mets à tes pieds pour me repentir et sur ton cœur
pour y introduire tout l’amour qui me brûle.
A bientôt mon âme.
Juliette
« 25 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 344-345], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2175, page consultée le 25 janvier 2026.
25 avril [1836], lundi soir, 8 h. ½
Mon cher petit homme adoré, vous êtes le plus habile et le plus charmant des hommes,
surtout quand vous parlez toilette et coquetterie. Je vous adore, mon cher cher petit ange, c’est bien vrai, et je
me trouverais la plus infortunée des mortelles si vous ne me tyrannisiez plus. Je suis faite à cela, moi ; je veux que vous me tyrannisiez bien
fort.
En attendant le fameux chapeau à p……, je m’en vais vous dire quelque
chose de très gentil et de très doux : c’est que je vous aime. Je vous aime, mon Toto
chéri, avec les yeux, avec le cœur, avec l’âme, avec l’esprit. C’est pour cela que
je
vous adore et que je vous vénère quoique vous ayez la mine fort peu vénérable avec vos beaux cheveux au vent et vos beaux yeux
sous toutes les jupes des grisettes de Paris.
Je t’aime, mon Victor chéri, et je
trouve que tu es trop bon et trop indulgent envers moi. Je veux que
[tu] me dises tout ce qui te passera, par l’esprit, quoi que ce
soit, pour avoir le plaisir de t’obéir aveuglément. Ne suis-je pas ta femme, ton
esclave, ton chien, ta chose ? Je veux ne conserver ma volonté et mon libre arbitre
que pour t’aimer, car je suis sûre que tu ne m’accorderais jamais toute la latitude
dont j’ai besoin pour mon amour. A part de cela, je veux être la plus soumise et la
plus humbles de vos sujettes.
Je t’aime mon amour.
Sois sûr que je t’aime au-dessus de toutes expressions.
Juliette
« 25 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 346-347], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2175, page consultée le 25 janvier 2026.
25 avril [1836], lundi soir, 8 h. ¾
Cette petite lettre, mon cher bijou, devrait porter la date d’hier, car c’est ce que
j’ai senti hier que j’exprime ce soir, à la souffrance et à la tristesse près que
j’avais hier et que je n’ai pas ce soir. Je t’aime, mon Victor bien aimé, et je suis
bien malheureuse quand tu parais en douter ou que tu suspectes ma probité. Je peux
bien te le dire, mon cher adoré, puisque c’est la simple vérité, depuis bientôt deux
ans, je n’ai pas eu une pensée qui ne soit à toi. Je n’ai pas eu une pensée que je
ne
puisse te dire, je n’ai pas fait une démarche que tu ne puisses savoir. Voilà qui
est
bien vrai, mon amour. Maintenant, quand tu en doutes et que tu te sers d’un passé
triste et fatal pour empoisonner les jours d’aujourd’hui, je souffre et je m’irrite,
car je sais que ce sont des journées précieuses et des moments encore plus précieux
que nous perdons follement et qui ne reviendront plus, sur cette terre du moins.
Aussi, mon cher adoré, je vois avec terreur la conversation s’arrêter sur les choses
nécessaires ou futiles de la vie parce que d’un côté ta défiance habituelle et de
l’autre ma susceptibilité maladive nous poussent tout de suite à des extrémités
fâcheuses et que je déplore du plus profond de mon âme. Cependant, mon cher bien aimé,
je ferai tout mon possible pour écouter avec calme toutes les observations, quelles
qu’elles soient, que tu me feras, soit dans notre intérêt, soit par un sentiment moins
amical.
Je t’aime tant que j’en viendrai à bout.
Je t’aime.
Mon [illis.]
homme très vilain, voici l’heure de CRÈCE qui se passe et vous n’arrivez pas.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
