« 20 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 123-124], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.711, page consultée le 25 janvier 2026.
20 février [1836], samedi matin, midi ¼
Je ne t’avais pas encore écrit, cher ange, lorsque tu es venu pour la seconde fois
de
ce matin, empêchée que j’étais par l’excessif mal de tête et de gorge que j’avais.
Je
ne veux pas déjeuner avant d’avoir dit mon petit bénédicité d’amour.
Je t’aime
mon Victor, il n’y a pas une seconde de ma vie où je ne le sente. Je t’aime avec tout
mon être, bon et mauvais, bête et intelligent, avec la chair et le sang, avec l’âme
et
le cœur. Tu es bien bon d’être venu ce matin et tout à l’heure, je voudrais être
toujours malade pour avoir tous les jours le même bonheur. Mais je vous défends de
sortir par le froid qu’il faita
avec votre petite redingoteb de MUSCADIN. Je veux que vous endossiez la redingote ACADÉMIQUE pour mettre à
l’abri vos jolis petits abattis d’aigle, et puis parce que vous serez moins fringuant
et moins coquet à l’œil de la grisette parisienne. C’est bien assez que je ne puisse
pas vous empêcher de regarder tous les mollets plus ou moins bien tirés.
Je vous
aime vous savez.
Juliette
a « qui fait ».
b Juliette écrit « redingotte », comme Hugo.
« 20 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 125-126], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.711, page consultée le 25 janvier 2026.
20 février [1836], samedi soir, 9 h. ½
Mon cher petit homme, le besoin de te dire que je t’aime l’emporte sur tous les
frissons et tous les bobos intérieurs et extérieurs. Tu as été si bon tout à l’heure
qu’il faut bien que je t’en remercie avec l’âme, ne pouvant te donner des marques
de
reconnaissance plus palpables. Depuis que tu m’as quittée, j’ai reposé un peu sans
que
cela m’ait apporté grand soulagement. Cependant, je persiste à croire qu’il n’y a
rien
de sérieux dans mon indisposition et qu’un jour entier de repos me libérera de toutes
ces petites chipoteries qui m’obsèdent depuis quelques jours.
Décidément vous
êtes mon grand, mon beau, mon noble et bien aimé Toto, je ne sais pas si vous le savez
mais il y a longtemps que cela est.
Cher petit homme chéri, je vous baise de
tout mon cœur où que vous voudrez pourvu que ce soit un
morceau quelconque de votre individu non ACADÉMIQUE.
À bientôt TO TO.
Il
est déjà bien tard, je vous aime vous savez.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
