« 29 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 105-106], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10347, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1839], vendredi après-midi, 1 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé. Bonjour, mon petit homme chéri. Je ne sais pas ce que j’ai pour me lever si tard, il est vrai que si je n’avais dû me lever qu’au grand jour, je ne me serais pas levée du tout car il fait un temps hideux et c’est tout au plus si je vois assez clair pour t’écrire. J’espérais que tu viendrais DEJEUNER ce matin à cause du VENDREDI. Deux semaines de suite tu es venu ce jour-là et j’espérais que la troisième ne me ferait pas défaut. Je me suis trompée. Tu es sans doute bien occupé, mon Toto, que tu ne viens pas ? Pauvre adoré, j’y pense bien, va, et je te plains de toute mon âme. Tu es mon Toto [aimé ?], admiré et vénéré. Je t’aime de toute mon âme, c’est bien vrai. Laisse-moi baiser tes chers petits pieds. Jour on jour. Oh ! Ce temps ! Si nous allons chez la mère Pierceau aujourd’hui, nous serons bien spirituels et pas CROTTES. Voime, voime. Je t’en fiche. Au reste, c’est toujours comme ça dans ce délicieux pays. Baisez-moi, ça vaudra mieux. Aimez-moi, ça me fera du soleil et du bonheur. Vos tisanesa sont prêtes, vous pouvez venir, vous serez servi tout de suite et sans autre restriction qu’un millier de baiser sur votre chère petite JEULE1 rose. Je suis humiliée de ce que les lions et les panthères soient de simples figures de cirque olympique ou des premiers rôles au théâtre St Martin parce qu’à présent il n’y a plus de comparaison possible entre la férocité et la sauvagerie d’une Juju indomptée, on ne pourra plus dire : « Méchante comme une tigresse, féroce comme un lion ». On ne pourra que la comparer à elle-même, ce qui sera PLEONASMATIQUE ET embêtant. Baisez-moi, c’est le temps et l’amour qui me rendent bête comme ça.
Juliette
1 Pour Gueule, parfois écrit « Geule ».
a « tisannes ».
« 29 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 107-108], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10347, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1839], vendredi soir, 5 h. ½
Pas encore venu, mon petit homme adoré, et moi qui t’attends avec tant d’amour. Ce temps affreux m’attriste et m’effraye, je crains qu’il ne t’arrive quelque chose. Ma confiance d’hier s’est en allée avec toi. Quand tu es auprès de moi, je ne crois pas possible qu’il t’arrive quelque chose mais dès que tu es parti, j’ai peur de tout et je me tourmente. Mon Dieu, pourquoi ne viens-tu pas ? J’ai eu la couturière ce soir, elle s’est excusée de n’être pas venue hier. Au reste, la robe de veloursareteint fait encore merveille et me fera beaucoup d’honneur et de profit. Pauvre adoré, c’est à toi que je la devrai, comme tout ce que j’ai. Sans toi, cette fameuse robe de chambre aurait servi à me vautrer dans la prose sauvage et féroce des faiseurs de mélodrames de l’époque, tandis qu’elle servira à me faire belle pour toi. C’est bien mieux et plus amusant. Mais tu ne viens pas. Pourquoi ne viens-tu pas. Je t’aime, mon Toto. Je te désire, mon adoré. J’ai faim et soif de tes baisers. Viens donc, viens donc. Vous n’aurez pas bu assez de tisaneb, aussi vous ne guérirez pas votre gale, c’est égal d’autant plus que vous n’en avez plus d’autre que moi. Mais toutes les tonnes de tisanec ne m’ôteraientd pas un seul grain de ma méchanceté et je vous conseille pour ce qui est de ça de rester parfaitement à CHESSE. Baisez-moi, aimez-moi et tâchez de venir à la fin. Je suis furieuse. Papa est bien i. Baisez-moi encore. Et les armoires ? Et la mère Pierceau ? Et ma tête ? Et mon cœur ? Et le bonheur, qu’est-ce que tout ça devient ? o o o o o o o o o o o o o o o o o o oe
Juliette
a « velour ».
b « tisanne ».
c « tisanne ».
d « m’oterait ».
e Les dix-neuf « o » courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
