« 21 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 247-248], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3094, page consultée le 01 mai 2026.
21 septembre [1838], vendredi après-midi, 2 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé, je vous prie de me rapporter mon canif qui n’est pas de Bagdad mais qui ne m’en sert que plus à tailler mes plumes. Si vous ne me l’apportez pas d’ici à demain, je ne pourrai plus vous écrire à moins de me servir de mon bouchon de carafea. Et puis si vous voulez me donner votre manuscrit pour étudier le rôle de la Reine, vous m’obligerez en ce sens que ce sera une étude pour moi, ce qui ne peut pas me nuire dans aucun cas. Ne bâillez pas si vous pouvez, et apportez-le-moi très tôt. Il continue de pleuvoir comme plusieurs rasoirs et vous n’avez aucun parapluie, ce qui vous permet de boire tout l’eau dans vos habits comme [les souliers de navet sur les trains de la rivière ?]1. Tâchez de ne pas trop vous enrhumerb à ce métier-là et de trouver un Don César potable. Tâchez aussi de venir souper avec moi parce que c’est très gentil. J’étais souffrante ce matin, mon cher adoré, c’est ce qui m’a empêchée d’être très AIMABLE, mais vous l’avez été pour moi en bâillant d’une manière tout à fait significative et ravissante. VOUS AVEZ BIEN RI et moi aussi, car je vous adore.
Juliette
1 On ne comprend pas, mais la lecture n’est pas douteuse.
a « caraffe ».
b « enrhumé ».
« 21 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 249-250], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3094, page consultée le 01 mai 2026.
21 septembre [1838], vendredi soir, 8 h.
Il n’est pas tout à fait aussi tard que le dit ma pendule, mon adoré. Je vous écris avant mon dîner et après une visite domiciliaire à tous mes autographes à qui je viens d’assigner des logements respectifs à chacun d’eux. Par la même occasion ce soir, je chercherai les papiers relatifs à Jourdain. Je vous aime, mon Toto, je vous aime de tout mon cœur et bien plus que de toutes mes forces. Je voudrais être sûre que vous viendrez ce soir et savoir que vous pensez à moi, pour être moins triste. Vraiment, mon petit homme, rapportez-moi mon canif. Je ne peux plus du tout écrire, cela me gêne horriblement, moi qui écris si bien ordinairement ! Je ne ris pas, je n’en ai pas envie. Je voudrais bien savoir si vous êtes tiré d’affaires, donc César m’inquiète et le Saint-Firmin1 ne me rassure pas. Voilà mon opinion littéraire et politique. Maintenant baisez-moi, aimez-moi si vous pouvez, et venez tout de suite.
Juliette
1 C’est Saint-Firmin qui jouera le rôle de Don César.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
