« 6 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 21-22], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8945, page consultée le 06 mai 2026.
6 novembre [1837], lundi midi ½
Bonjour, mon cher petit homme adoré. Il y a bien longtemps que je suis réveillée,
mais j’ai si mal dans mon bas-ventre que je suis restée au lit le plus longtemps que
j’ai pu. C’est donc aujourd’hui le grand jour1 ! Je suis contente de le voir finir parce que tu seras
débarrasséa d’une ennuyeuseb et fatigante préoccupationc. Peut-être aussi que le résultat
en sera plus satisfaisant que nous ne nous attendons.
Je t’aime mon Toto chéri.
Je t’aime de toute mon âme. Je voudrais te le prouver autant que je le sens, mais
cela
ne m’est guère possible dans la position bête où je suis. Un jour viendra peut-être
où
je pourrai tout ce que je veux. Alors ce sera très beau et très doux pour tous les
deux. En attendant je t’aime de toutes mes forces et je lis les stupides réclames
du
Vert-Vert2. Celle d’hier entre autres est pommée3, enfin…
Je voudrais que tu fusses
de retour de ta cérémonie, en supposant que tu te sois décidé à y aller, ce que je
ne
crois pas, pour savoir comment tout s’est passé et puis pour baiser tes yeux et tes
dents dont je suis amoureuse jusqu’à la folie.
Juliette
1 Victor Hugo a intenté un procès à la Comédie-Française pour non-respect des contrats. C’est le 6 novembre que s’ouvrent les audiences. Hugo prononce alors lui-même sa plaidoirie.
2 Journal consacré à la vie théâtrale, fondé en 1832 par Anténor Joly. Hugo y collabora, parfois anonymement.
3 Pommé : terme argotique pour dire « exorbitant, excessif ». « C’est pommé ! » signifie « C’est réussi à souhait ».
a « débarassé ».
b « ennuieuse ».
c « préocupation ».
« 6 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 23-24], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8945, page consultée le 06 mai 2026.
6 novembre [1837], lundi soir, 7 h. ¼
Cher petit Toto, je suis agacée, c’est pas ma faute. Je voudrais pour tout au monde
que ce projet1 fût jugé pour connaître à fond les doses
d’intelligence et d’équité que contient un juge. J’ai pensé à toi toute la journée.
C’est comme si je te disais que je t’ai aimé de toute mon âme et de toutes mes forces
car ma préoccupationa
habituelle c’est mon amour.
Soirpa. Vous n’avez2 une bien jolie
redingoteb et qui éclipse complètement ma modeste pelure
de tous les jours. Heureusement que je suis PHILOSOPHE et que je me drape dans ma
simplicité, ce qui à la longue finira par vous humilier, faraudc que vous êtes.
Soir mon To, soir mon petit o, soir mon gros to. J’ai une fameuse envie de vous….. voir.
Vous
m’avez à peine donné un quart d’heured ce soir, et qui n’était même pas de MATELAS3. Ça n’est pas assez pour rendre une femme
heureuse. Ainsi donc mon petit Toto je vous somme de venir au plus vite remplir tous vos devoirs d’amoureux envers votre amoureuse, sous peine
de vous voir condamnée à des
dommages et intérêts qui dépasseront de beaucoup vos forces et votre amour.
Juliette
1 Lapsus pour « procès » (Hugo est en procès contre la Comédie-Française).
2 Usage de la pseudo-négation pour créer une liaison volontairement fautive.
3 Jeu de mots déjà utilisé dans une lettre du 6 août 1837 : un « cardeur de matelas » est un ouvrier qui redonne aux matelas leur forme primitive en en démêlant les fibres textiles ; ainsi, dans le langage populaire, « carder ses matelas » signifie mener une vie de débauche, s’étendre souvent sur son matelas (et par là en carder la laine ou le crin), d’où l’amalgame aisé avec l’expression « un quart d’heure de matelas ». Juliette fait un rébus de cette expression coquine dans une lettre du 9 février 1844.
a « préocupation ».
b « redingotte ».
c « faro ».
d « quard-d’heure ».
e « condamner ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
