« 25 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 307-308], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11392, page consultée le 24 janvier 2026.
25 mars [1837], samedi, midi ½
Bonjour cher bien-aimé, bonjour mon petit homme adoré. Quel temps, quel temps ! Il
faut bien que ce soit toi pour me décider à mettre un doigt hors du lit, mais aussi
pour toi je ne connais ni neige, ni glace, je suis femme à passer la nuit en chemise
dans ta cour pourvu que j’aperçoivea ta silhouette sur le rideau de ta grande fenêtre. Je vous
aime moi. Je vous aime comme une insensée qui ne sens ni le chaud ni le froid excepté
son amour. Aujourd’hui c’est le jour où les cheminées fument
et où Juju adore. Inconvénient que tu n’as pas encore senti assez pour te faire
désirer dans cette saison une cheminée sans feu et une femme sans amour et je crois
que tu auras raison de penser toujours ainsi, car vois-tu mon cher adoré, c’est bien
rare de rencontrer une femme aussi exclusivement dévouée à son amour que moi. Je ne
dis pas cela pour me faire valoir, mais pour te prier de ne jamais mépriser mon amour
qui est ma vie.
Jour mon petit Loto, jour un cher petit homme, je tousse beaucoup et je crois que mon arête
s’en est allée dans une quinte. Je profite de cela pour vous baiser à mon aise sur
toutes vos coutures, car il y a conscience à vous déshabiller de ce temps-ci.
Juliette
a « apperçoive ».
« 25 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 309-310], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11392, page consultée le 24 janvier 2026.
25 mars [1837], samedi, midi ¾
Vous savez mon cher adoré, que je vous dois une lettre d’hier, et comme je suis femme
de bon compte, je vous la rends dans ce moment-ci. Je vous aimais hier comme je vous
aime aujourd’hui, comme je vous aimerai demain, comme je vous aimerai toujours. Aussi
ce que j’ai à vous dire ne diffère-t-il en rien de ce que je vous ai dit tout à
l’heure et de ce que je vous dirai tantôt. Ce sera toujours la même chose, pour
changer, je t’aime, je t’aime, je t’aime et voilà.
Je voudrais bien que tu pusses
venir de bonne heure aujourd’hui, car avec tout cela je t’ai à peine vu hier et ça
me
manque plus que le soleil, dont je n’ai que faire quand je t’ai. Vous seriez donc
bien
bon et bien gentil, mon petit Oto, de venir.
Voici Mme Lanvin
et Turlurette accompagnées de deux pots de
primevères charmants. Je vais me lever pour aller chercher la reconnaissance dans
la chambre.
Jour, jour, viens que je te baise encore. J’ai
une autre lettre à te donner dans laquelle je serai moins pressée.
Jour, onjour, onjour, mille baisers sur votre bec.
Juju
« 25 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 311-312], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11392, page consultée le 24 janvier 2026.
25 mars [1837], samedi, 1 h. ¼ après midi
Je suis si bien en train de vous dire que je vous aime, mon cher adoré, que je ne
peux pas m’arrêter. Je profite de l’instant où Mme Lanvin est là-bas pour t’écrire encore, cher bijou adoré. Vous êtes le bien-aimé de votre
pauvre Juju qui ne vous le dira jamais assez au gré de son désir, y passât-elle tout
son temps et toute sa vie. Aussi n’est-elle jamais qu’à moitié satisfaite.
Vous
vous êtes moqué beaucoup trop de moi hier, vous êtes un méchant Toto et pour vous
punir la première fois que j’aurai quelque chose à vous copire, je ne ferai pas une
seule faute. Voici Mme L.1 revenue, nous n’avons pas encore déjeunéa et tu connais la célérité de ma
serventre, au reste nous sommes résignées
d’avance.
Je n’ai pas envoyé de commissionnaire chercher le pantalon de Claire,
J’espère que Mme P.2 aura la complaisance de me l’envoyer d’ici à ce soir et
que Mme L. l’emportera en s’en allant et puis je vous baise, car vous êtes mon Toto
bien aimé, et puis voilà, et bien d’autres gentillesses du cœur et de l’âme que je
vous donne.
Juliette
a « déjeuners ».
« 25 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 313-314], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11392, page consultée le 24 janvier 2026.
25 mars [1837], samedi soir, 9 h. ¾
J’ai le cœur trop plein pour attendre jusqu’à demain, ma foi je me risque à vous
écrire plus que vous ne le voulez.
Saviez-vous mon Toto bien aimé que vous étiez
bien ravissant tantôt et que je vous aurais mangé tout cru, n’était le respect que
je
dois à la candide Turlurette. Mais en vérité
vous étiez beaucoup trop charmant, chère âme de ma vie. Ce que je te dis avec le ton
du badinage, je le pense bien sérieusement et bien dévotement dans le fond de mon
cœur. Oui tu es bon, oui tu es charmant, oui tu es noble, oui tu es généreux, oui,
oui, tu es tout cela et par dessus tout tu es mon amant bien aimé, bien adoré, pour
qui je donnerais mon sang et ma vie mille fois, si tu daignais l’accepter. Ton petit
tableau est ravissant. Je l’ai posé sur ma cheminée d’où on le voit très bien et je
commence à croire qu’il a un vrai mérite qui ne m’avait pas frappé tout d’abord, parce
que je suis d’une ignorance plus crasseuse que celle qui couvrait ton chef-d’œuvre
tantôt. Je crois que nous avons dans nos mains un vrai trésor et si Louis-Philippe
veut me l’acheter pour en enrichir le muséea je le lui cède, pour un bon et beau et long
voyage à deux tous frais faitsb. Voilà le prix que j’en veux sans cela je le garde für mich en vous baisant bien pour vous remercier et en vous
aimant bien pour la peine.
Juliette
a « musé ».
b « tout frais fait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
