24 août 1836

« 24 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 264-265], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7587, page consultée le 10 mai 2026.

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Bonjour mon cher bien-aimé. Je suis très furieuse contre le conte que vous m’avez fait hier d’un rendez-vous avec M.B. de [illis.]1 tandis que vous alliez à Fourqueux2 tout bonnement. Vous m’avez fait souper à 11 h. mais le pire c’est que vous m’avez fait dépenser de l’argent inutilement. Je suis très très en colère. Je vous aime très très fort et voilà.
J’ai reçu hier au soir une lettre de Mme Pierceau qui me prie d’envoyer chercher ma robe. Comme vous n’êtes pas à Paris aujourd’hui je vais en profiter pour faire faire cette course.
J’ai été très triste toute la nuit. Je n’ai presque pas dormia et mon souper m’a servi de cauchemar. Je ne vous attends pas avant ce soir en supposant que vous veniez ce soir. Aussi je ne me donne pas la peine de me régayerb d’ici là. J’aime mieux être triste et mouzon, j’aime mieux ce chique-là.
Depuis hier je n’ai pas pu me procurer aucune gazette, c’est vous qui en êtes cause parce que vous avez gardéc la dernière trop longtemps. Je ne vous en aime pas moins pour cela mais je vous désire encore plus.

Juliette


Notes

1 La lettre suivante mentionne explicitement M. Bernard.

2 Cet été-là, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.

Notes manuscriptologiques

a « dormir ».

b « régaier ».

c « gardée ».


« 24 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 266-267], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7587, page consultée le 10 mai 2026.

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Vous ne viendrez probablement pas aujourd’hui, mon cher bien-aimé, à moins que ce ne soit comme la dernière fois avant dans la nuit, ce qui me plairait plus que de pas vous voir du tout. Le temps est noir et triste comme mon humeur. Je suis seule chez moi parce que la bonne que j’ai envoyée chez Mme Pierceau et chez la blanchisseuse n’est pas encore revenue. J’ai travaillé toute la journée, je n’ai même pas pris le temps de lire les MONITEURS PARISIENS ! Je vais dîner fort tristement, me coucher de même et penser à vous en attendant mieux.
Avouez mon cher petit Toto que vous êtes un affreux menteur, car enfin vous pouviez bien aller à Fourqueux sans me faire le conte de Bernard1. Mais vous aimez à me faire enrager et vous y réussissez fort bien. Encore si vous me meniez voir la MER rien que huit jours cela me mettrait un peu de beurre dans ce que j’appelle mes épinards2. Mais vous n’êtes pas assez AMOUREUX pour faire une pareille équipée et je suis là moi en vous attendant, vous aimant, enrageant, pestant et vous adorant. C’est bien AGRÉABLE.
Bonsoir, dormez bien. VOUS ÊTES UNE BÊTE ET MOI AUSSI.

Juliette


Notes

1 Rendez-vous d’affaire prétexté par Victor pour excuser son absence : voir la lettre précédente.

2 Juliette rappelle régulièrement le jeu de mots que lui a appris Victor, selon lequel les épinards sont le « légume préféré des femmes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.