« 13 avril 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 297-298], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8487, page consultée le 24 janvier 2026.
Bruxelles, 13 avril 1852, mardi matin, 8 h.
Bonjour mon bon petit homme, bonjour, sur tes pauvres petits yeux fatigués par le
rhume, bonjour, sur ta belle petite bouche qui me sourit bonjour, je t’aime. Comment
vas-tu ce matin, mon pauvre bien-aimé ? Ton rhume de cerveau diminue-t-il un peu ?
Ce
serait le moment de reposer un peu ta tête fatiguée en ne travaillant pas pendant
un
jour ou deux. Mais je crains que ma recommandation ne serve pas à grand-chose car
tu
es d’une activité au travail qui va jusqu’à l’entêtement et à la férocité pour
toi-même. C’est plus que courage, mon pauvre sublime piocheur, mais c’est beaucoup
moins que de la raison. Si tu étais bien gentil aujourd’hui tu viendrais me prendre
après-midi et nous nous promènerions pendant qu’il fait chaud. Demain je ne le pourrai
peut-être pas à cause de ma médecine tandis qu’aujourd’hui je suis sûre de moi. Je
me
tiendrai prête dans tous les cas. Ma santé, mon bonheur, tout me vient de toi. Tout
est à toi. Fais-en ce que tu voudras.
J’ai été bien malheureuse depuis deux
jours, mon pauvre adoré pendant lesquels il a été impossible de te gribouiller deux
mots de suite. J’y avais pourtant essayé mais c’était si incohérent, si bête et si
absurde que j’ai tout jeté au feu. Ce n’est pas que je crois avoir plus d’esprit un
jour que l’autre, mais au moins je ne suis pas folle tout à fait. Ah ! Que je vous
laisse dire le contraire et vous verrez comme je me rebifferai sur votre vieux
enchifrenéa. En attendant
dormez la grasse matinée et tâchez de vous guérir pour que je me porte bien. Sur ce
je
vous baise sur toutes vos chères petites coutures et je vous adore de même.
Juliette
a « enchiffrené ».
« 13 avril 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 299-300], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8487, page consultée le 24 janvier 2026.
Bruxelles, 13 avril 1852, mardi après-midi, 1 h.
Impossible de savoir par cette stupide fille comment va ton rhume. Tu travailles
dit-elle, donc tu n’es pas malade. Belle raison, ma foi, pour me rassurer. Enfin,
mon
pauvre petit homme, il faut bien que je m’en contente jusqu’au moment où je te verrai.
Mais j’aurais préféré que tu me fasses dire comment tu avais passé la nuit et comment
tu te trouvais à ce moment-là.
Encore une autre contrariété : personne dans la
maison ne connaît le raccommodeur de souliers, excepté la femme de ménage de Mme Wilmen,
laquelle est partie pour jusqu’à demain matin. Quant aux autres bonnes de la maison,
l’une se marie, l’autre perce un abcès, l’autre arrive de son pays et ne connaît pas
encore la ville. Tu vois, mon pauvre bien aimé, combien il m’est impossible de faire
raccommoder tes souliers pour aujourd’hui. Je crains qu’on ne puisse pas les
raccommoder du tout tant ils me paraissent mauvais. Cependant j’essaierai demain.
Jusque-là mon petit homme, il faudra te servir des neufs. Maintenant est-ce que je
ne
te verrai pas un peu tout à l’heure ? Est-ce que nous ne sortirons pas un peu ? Je
serais pourtant bien en train de galoper avec toi aujourd’hui. Demain Dieu sait ce
qui
se passera avec cette médecine. Quoique tu décides mon petit homme, je serai contente
et heureuse si tu te portes bien et si tu m’aimes.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
