« 28 août 1849 » [source : MVHP, Ms a9146], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12375, page consultée le 06 mai 2026.
28 août [1849], mardi matin, 6 h. ½
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon doux amour, bonjour. Me voici enfin à la tête de mes trois Bretons, dont un Allemand1. Jusqu’à présent, je ne suis pas mieux informée sur le temps de leur séjour à Paris qu’avant leur arrivée. Je sais seulement qu’ils sont attendus à Brest pour affaire et qu’ils ne comptent pas rester longtemps ici. Mais qu’est-ce qu’ils appellent longtemps ? Voilà la question. Quant à moi, mon bien-aimé, il me serait impossible de renoncer au bonheur de te conduire à Villequier. Plus le moment approche et plus je sens qu’il me serait impossible de faire ce sacrifice à ces pauvres bonnes gens que j’aime pourtant bien cordialement et bien fraternellement. J’espère qu’ils comprendront que je ne peux pas perdre, à l’occasion de leur visite à Paris, le bonheur si court et si rare de passer quelques jours avec toi. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore pu parler de cela dans la crainte d’éveiller leur susceptibilité. Mais je pense en faire naître l’occasion aujourd’hui tout naturellement, et les prévenir que je ne saurais être avec eux plus de six jours. Pour que la chose leur paraisse moins dure, je resterai avec eux le plus possible et je les promènerai à travers Paris à bride abattue. Il faudra que tu viennes me voir le soir avant de te coucher pour que j’aie plus de toi à aimer.
Juliette
1 Sa sœur Renée, son beau-frère Louis Koch, et leur fils Jean-Louis Koch.
« 28 août 1849 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1849/58], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12375, page consultée le 06 mai 2026.
28 août [1849], mardi matin, 7 h.
Je continue mon gribouillis sans reprendre haleine, car le temps me presse. Je
désirerais, mon adoré, ne pas perdre les quelques minutes que tu as coutume de me
donner tous les jours et dont je ne peux pas me passer. Pour cela il faudrait que
tu
pussesa venir après l’heure de ton
dîner, car tu comprends combien il me serait difficile de prendre dans la journée
le
temps de venir t’attendre chez moi. Il faut, pour que mon départ ne puisse pas
les1
blesser et paraître un prétexte d’inhospitalité, que les six jours qui me restent
d’ici au trois2 leurb soient entièrement et exclusivement
consacrés. Tu le comprendras, n’est-ce pas mon adoré, et tu te prêteras à la
circonstance avec ta complaisance et ta bonté accoutumées.
Si tu pouvais me
prêter ta médaille pour voir les choses fermées, tu me rendrais un très grand service.
Je suis parvenue à les incruster chez ces pauvres Vilain3 qui sont bien les meilleurs gens
du monde. Je ne sais pas ce qu’on fera aujourd’hui. Cela dépendra de l’état de la
santé de ma sœur qui est arrivée assez souffrante. Quant à son mari il a de la santé
et de la force pour toute la Bretagne réunie. Mon neveu est un gamin de quatorze ans
très espiègle et très gâté à ce qu’il m’a paru4. Enfin tout ce monde-là paraît m’aimer un peu et je
sens que je les aime aussi au redoublement de mon amour pour toi.
Juliette
1 La sœur de Juliette Drouet, son beau-frère et son neveu qui arrivent à Paris ce 28 août 1849 (Lettres familiales, p. 28-29).
2 Au 3 septembre 1849.
4 Louis Koch fait aussi la connaissance de sa tante. Il évoquera le 16 juin 1863 cette visite de Paris dans une lettre adressée à Juliette Drouet (Lettres familiales ; lettre 57, p. 142-143).
a « pusse ».
b « leurs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
