« 29 octobre 1846 » [source : MVH, α 7806], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1294, page consultée le 24 janvier 2026.
29 octobre [1846], jeudi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit Toto, bonjour comment vas-tu ce matin ? À quelle heure t’es-tu couché cette nuit, mon pauvre petit homme ? Bien tard probablement. Quant à moi, tu sais dans quelle disposition tu m’as quittée aussi j’ai dormi comme un sabot jusqu’à 9 h. du matin. Juste à l’heure où tu te couchais, probablement, mon pauvre bien-aimé. J’y ai bien pensé va et je t’ai envoyé un tas de baisers pour réchauffer tes chers petits pieds et te faire un oreiller rempli de doux rêves. Ai-je bien réussi ? As-tu eu bien chaud ? As-tu bien dormi et as-tu vu beaucoup de reverchonne passer dans tes songes ? Vous me direz cela tantôt, mon cher petit scélérat, et vous me direz au juste l’heure et le lieu de notre rendez-vous. Je ne veux pas aller trop souvent chez ces braves Rivière parce que cela les dérange toujours un peu. Je veux me partager et faire jouir la délicieuse Mlle Féau de mon auguste présence de temps en temps. Je crois que j’ai raison ? Baisez-moi monstre si vous l’osez.
Juliette
« 29 octobre 1846 » [source : MVH, α 7807], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1294, page consultée le 24 janvier 2026.
29 octobre [1846], jeudi soir, 10 h. ½
Je suis revenue à l’heure dite, mon petit bien-aimé, depuis j’ai fait mes petits triquemaques ordinaires et je t’écris en t’attendant. Si j’avais pu prévoir que tu reviendrais me chercher, j’aurais dîné tout de suite, et mes côtelettesa n’auraient pas brûlé en charbon. Voilà ce que c’est de n’avoir pas bon nez. Une autre fois je prendrai mes précautions absolument comme les gens qui ferment leur cage quand leur moineaub est envolé. Moi c’est l’occasion d’être une minute avec toi qui s’est envolée ce soir et qui ne reviendra peut-être pas de sitôt. C’est égal, c’est bien doux de se promener appuyée sur ton cher petit bras. Je ferais des lieues ainsi sans m’en apercevoir tant le bonheur d’être avec toi me rend légère et joyeuse. Ce soir j’aurais voulu ne pas rentrer si tôt, mais je te voyais si préoccupéc et si pensif que je n’ai pas osé te demander de prolonger notre promenade. Si j’avais pu prévoir que vous feriez le paresseux je ne me serais pas gênée, je vous prie de le croire. Cher adoré je ris mais au fond j’ai une affreuse pensée grise qui me tourmente on ne peut pas plus, celle de ton voyage à Orléans. J’espère encore que ce hideux Paul1 ne se refusera pas à conduire sa sœur et que j’en serai quitte pour une vilaine peur. Je le désire sans y compter beaucoup, connaissant [une ligne illisible à la pliure de la lettre] Je serais sûre que tu ne ferais pas ce vilain voyage.
Juliette
1 À élucider. On ne voit pas que Juliette applique cet adjectif à Paul Foucher ou à Paul Meurice, deux intimes de Victor Hugo.
a « cotellettes ».
b « moigneau ».
c « préocupé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
