« 26 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 249-250 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2377, page consultée le 09 mai 2026.
26 juillet [1846], dimanche après-midi, 2 h. ¼
Bonjour mon bien-aimé, bonjour mon divin petit homme, bonjour. Je t’aime et bien plus
que ça encore, je t’adore. Je t’attends avec tout mon cœur dehors pourvu que tu
viennes bientôt. Je t’ai à peine vu hier. Pauvre adoré, je sais bien que tu travailles
mais je sais encore mieux que je t’aime et que tu es mon bonheur, ma vie, ma joie
et
mon âme. Tâche de venir bien vite, je t’en supplie. Eugénie doit venir aujourd’hui avec son petit garçon, les petites
Rivière aussi. Tout cela me fera du monde mais ne fera pas que je ne sente le vide de ton
absence........a
Mon Victor, je ne veux pas, je ne dois pas t’attrister de mon chagrin. Je te
souris, je t’aime, je t’adore. Quant tu viendras tout à l’heure, je serai heureuse.
Je
ne sentirai que la joie de te voir et je ne souffrirai plus du tout. D’ici-là, il
faut
que je rassemble tout mon courage pour ne pas me laisser aller à la tristesse que
j’éprouve.
J’ai regardé ce matin sur la carte l’endroit où tu as promis de me
mener1. Ça n’est pas
beaucoup loin. Il est vrai que la distance importe peu, pourvu que je reste le plus
possible avec toi. Mais il me semble que plus nous irions en avant et plus longtemps
je resterais avec toi. Je voudrais déjà y être, quitte à n’avoir plus rien à espérer
après. J’ai tant, tant besoin de te voir que je donnerais tout au monde pour en hâter
le moment.
Jour Toto, jour mon cher petit O, jour mon adoré. Dépêchez-vous donc à venir s’il vous plaît. Je commence à me
mordre la queue à la fin. Voilà bientôt trois heures et vous n’êtes pas encore venu
une pauvre petite fois. Si vous croyez que c’est généreux, vous vous trompez du tout
au tout. Taisez-vous qu’on vous dit et venez, c’est la meilleure réponse à me faire.
En attendant, j’attends et je vous aime sans pouvoir m’en empêcher. Baisez-moi, cher
scélérat, et aimez-moi. Je le veux.
Juliette
1 Ils partiront en week-end le 1er et le 2 août, dans un endroit non identifié.
a Huit points de suspension jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
