« 17 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 160-161], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12108, page consultée le 25 janvier 2026.
17 août [1845], dimanche matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Victor adoré, bonjour, mon cher bien-aimé, comment vas-tu,
mon cher bijou ? Ta douleur de bas-ventre est-elle diminuée ? As-tu bien
dormi ? Ton rhume est-il passé ? Je ne t’ai pas revu hier au soir.
Claire et moi nous t’avons
attendu jusqu’à près de minuit. J’espérais que tu viendrais nous
surprendre, mais il n’en a rien été, malheureusement. J’espère que tu
n’es pas plus souffrant et que c’est ton travail qui t’a empêché de
venir ? Mon Victor adoré, je te souris, je
t’aime, tu es ma vie et ma joie. Je ne vis que pour t’aimer et pour être
aiméea de toi.
Mme
Rivière et son fils sont partisb à 10 h. ¼ hier.
J’avais une migraine si violente qu’il m’aurait été impossible d’écrire
tout ce que ce matelot nous a dit. Je le ferai aujourd’hui avec plus de
fruit parce que cela se sera classé dans ma mémoire tandis qu’hier tout
y était pêle-mêle. Tu as vu ce que c’est ? Un pauvre matelot à peine
dégrossi, mais modeste, si ce mot peut
s’appliquerc à un homme quelconque et en particulier à un
apprenti nautonierd. J’ai dit à la
mère de me l’amener encore une fois avant son départ. Je verrai à en
extraire les quelques particularités intéressantes qu’il a retenues dans
ses voyages.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, que je t’aime et que je voudrais passer avec toi une bonne
journée ENTIÈRE. Est-ce que ce bonheur ne
m’arrivera pas une pauvre fois cette année ? Tu me l’as promis, mais ce
n’est pas une raison pour espérer, AU CONTRAIRE. D’abord il faut te bien
porter et puis après je te tourmenterai à mon
aise. Pauvre bien-aimé, n’aie{« n’aies »} pas peur. Je serai très
discrète, je me bornerai à gribouiller mes importunités de loin sans
t’en ennuyer de près. Je te baise, je t’aime, je t’espère et je
t’adore.
Juliette
a « être aimé ».
b « sont parti ».
c « peu s’appliquer ».
d « nautonnier ».
« 17 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 162-163], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12108, page consultée le 25 janvier 2026.
17 août [1845], dimanche après-midi, 3 h. ¾
Tu ne vas pas mieux, mon Toto, et je ne te verrai peut-être pas. Voilà
deux choses qui m’attristent profondément, quelque courage que j’y
mette. Tu t’es en allé si vite et j’étais si dégoûtantea que je n’ai pas
même pu t’embrasser. Aussi je t’ai vu partir avec un indicible sentiment
de regret. Tu n’as pas pris le chemin du faubourg Saint-Germain, quoique
tu m’eusses ditb que tu allais chez Trébuchet. Je ne veux pas suspecter ta loyauté parce que
je sens que cela me ferait un mal hideux, mais je voudrais bien que le
hasard ne se mêlât pas si souvent de donner des démentis apparents à ce que tu me dis.
Depuis que
tu es parti, mon bien-aimé, je suis plus que triste. Je suis obligée de
mettre sur le compte du mal de tête l’insurmontable découragement que
j’éprouve. Je ne veux pas affliger cette pauvre Claire pour le peu d’instants
qu’elle est avec moi. J’aime mieux lui laisser croire que je suis
souffrante. Elle a beaucoup regretté de ne pas s’être trouvée là quand
tu es venu tantôt. Du reste, M. Dumouchel a été content d’elle, car elle a fait une
dictée sans faute. Espérons qu’elle arrivera à n’en plus faire jamais.
En attendant, elle travaille courageusement. Elle n’a pas vu son père
hier. Il n’était pas chez lui. Voilà, mon cher petit Toto, les nouvelles
du moment. Elles sontc peu intéressantes pour toi. Je ne te les dis que parce
que tu le veux. Je t’obéis en tout comme tu vois. Cependant si je ne te
vois pas ce soir, je ne pourrai pas être gaie avec la meilleure volonté
du monde. Tâche de venir, mon Victor, pour que je sache comment tu vas
et pour que je t’embrasse autrement qu’en courant. Je t’aime.
Juliette
a « dégouttante ».
b « tu m’eusse dit ».
c « elles son ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
