« 8 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 139-140], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8320, page consultée le 06 mai 2026.
8 mai [1839], mercredi matin, 10 h. ¾
Mon petit Toto, vous laissez passer le temps du bonheur et vous ne le rattrapez plus,
car ce qui est vrai pour le temps l’est encore plus pour l’amour. Enfin, mon petit
homme, que votre volonté soit faite, je ne suis que votre esclave trop heureuse de
vous aimer.
C’est aujourd’hui le mois du portier, demain celui de la bonne. Je
t’en fais souvenir pour que tu saches bien où j’en suis de tout l’argent que tu me
donnes. Je sens bien que ce sont ces raisons qui t’empêchent de venir dans la nuit,
mais le matin tu n’as pas les mêmes raisons et c’est ce qui m’afflige et m’inquiète.
Je ne vous ferai plus de dessins, soyez tranquille, je ne prodiguerai pas mes
chefs-d’œuvresa à un ingrat.
J’aime mieux renfoncerb mon talent
et mon inspiration au fin-fond de mon talon. Mon Dieu, le beau temps. Je crois que
je
sens encore davantage le malheur de n’être pas en voyage avec vous, faisant le tour
d’un mois de bonheur, ce qui vaut mieux que le tour du monde. En vérité, je suis bien
malheureuse. Baisez-moi, mon Toto, plaignez-moi car je ne ris plus, je souffre.
Juliette
a « chef-d’œuvres ».
b « renfoncez ».
« 8 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 141-142], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8320, page consultée le 06 mai 2026.
8 mai [1839], mercredi soir, 7 h. ¾
Je serai bien contente de ma journée, mon adoré, si le bonheur était dans le travail,
mais malheureusement il n’en est pas ainsi et la preuve c’est que je suis triste et
mécontente. Je ne vous ai pas vu ou si peu que c’est plutôt un regret qu’un plaisir.
Je peux dire avec la chanson, « Je n’ai pas vu mon amant ce matin et c’est cela qui
me
fait du chagrin »1. Quelle chaleur étouffante, elle me rend malade. Je t’ai dit
tantôt, mon Toto, que je n’avais que 30 francs en piècesa de cinq francs mais je ne savais pas
qu’il restait dans ma bourse 7 francs 10 sous en monnaie, outre la dépense de demain
que j’ai donnée à la bonne. Aussi, mon petit homme, j’ai des remords de t’avoir pris
ton pauvre argent. Je voudrais que tu viennes pour te le rendre, je n’aime pas que
tu
sois sans argent. Vous ne m’avez pas fait compliment de mon dessin d’hier, soyez
tranquille, je vous en ferai d’autresb pour n’en être pas mieux récompensée.
Vous voyez mon Toto
que j’ai le courage de rire, quoique j’aie le cœur plein de tristesse et de désirs
de
vous voir ?
Juliette
1 Danse populaire de jeunes filles connue sous les titres « Bonjour, belle voisine » ou « Bonjour mademoiselle, comment vous portez-vous ? »
a « pièce ».
b « d’autre ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
