« 14 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 49-50], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8953, page consultée le 09 mai 2026.
14 novembre [1837], mardi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher bien-aimé. Il y a aujourd’hui deux mois que nous sommes revenus de notre si charmant voyage, et quoique nous prévoyionsa bien des ennuis de toutes sortes en revenant à Paris, nos prévisions ont été dépassées bien au delà. J’aurais eu autant de forces que toi contre tous ces ennuis si ça n’absorbait pas les quelques heures de bonheur qui me sont dévolues. En effet depuis un mois c’est à peine si j’ai le temps de voir et d’embrasser ta jolie petite bouche. Tout ton temps, mon pauvre bien-aimé, se passe en pourparlers et en occupations tristes quand elles ne sont pas ennuyeusesb. Aujourd’hui encore je suis sûre que tu seras retenu chez toi par l’affaire D1. toute la journée. Je ne t’en veux pas, je sais bien qu’il est de toute nécessité que tu t’occupes de toutes ces choses à la fois. Mais je nous plains d’y être si longtemps et si désagréablement forcés. Je t’aime mon cher petit homme adoré, je t’aime plus que je ne peux le dire. Je voudrais pouvoir te remplacer dans toutes ces misérables affaires qui te fatiguent et te dégoûtentc mais j’y ferais une pauvre figure malgré tout mon courage et tout mon amour. Aussi, je me résigne à t’aimer dans mon cœur sans pouvoir t’être d’aucune utilité. Oh ! mais je t’aime de toutes mes forces et de toute mon âme.
Juliette
1 Allusion à un différend entre Hugo et Marie Dorval. Il en sera encore question dans la lettre du lendemain. Hugo lui a écrit une lettre dans laquelle il s’indigne de la déloyauté de l’actrice à son égard dans le cadre de son procès contre la Comédie-Française. Voir la lettre cinglante de Hugo à Marie Dorval, datée du 13 novembre 1837, publiée par Gustave Simon dans « Victor Hugo et ses interprètes (documents inédits) », La Revue hebdomadaire, 20 mai 1922, p. 322.
a « prévoyons ».
b « ennuieuses ».
c « dégouttent ».
« 14 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 51-52], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8953, page consultée le 09 mai 2026.
14 novembre [1837], mardi soir, 9 h. ½
Vous êtes venu en sournois me surprendre tantôt, mais je dois vous avouer que ce
n’est pas à cette heure-là qu’il aurait fallu venir, mais bien à celle-ci. Si vous
veniez maintenant vous me contrarieriez beaucoup. Je ris avec vous mon petit To, je vous aime bien trop pour faire rien qui soit
coupable.
J’ai envoyé tout à l’heure chercher du papier parce qu’il n’y en avait
plus à moi. Je vous écris du fond de mon cœur que je vous
aime mon cher petit o. Je suis presque fâchée
d’être venue aujourd’hui car cette pauvre Mme Pierceau paraît bien souffrante et bien accablée ce
soir et je crains vraiment de lui être à charge en restant si tard. Tu serais donc
bien gentil mon petit Toto si tu venais me chercher de bonne heure car avec tout ça
je
te vois à peine, moi. J’aurais été pourtant bien heureuse de passer quelques bonnes
heures avec toi. QUAND DONC ?
Mon cher petit Toto, je vous adore, c’est bien
vrai. C’est pour cela qu’un peu de bonheur m’irait très bien. Mais du vrai bonheur
de
derrière les fagots. Je ne suis cependant pas injuste, je
sais que vous travaillez et que vous êtes un pauvre bon Toto bien [illis.] et bien
charmant que j’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
