17 novembre 1878

« 17 novembre 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 182], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4715, page consultée le 04 mai 2026.

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Mon cher bien-aimé, tu ne t’es pas aperçu, et je le comprends de reste, que je ne t’avais pas écrit hier. Il n’en esta pas de même de moi qui souffreb de tout le trop-plein de mon cœur que je n’ai pas pu déverser dans le tien. Aussi, dès le patron-minette, aujourd’hui, je stimule mes pattes de mouches à grands coups de bec… de ma plume afin qu’elles t’arrivent au plus tôt. J’espère que tu as bien dormi car tu paraissais en bonne disposition pour cela quand je t’ai quitté hier soir ? De notre visite de condoléances1 à Mmes Lucas et Alphonsine je ne t’en parle pas et pour cause. J’ai trop le respect de la vraie douleur pour plaindre celle-là. L’ombre du bon Lucas n’en sera pas autrement affligée pour peu qu’elle ait conscience de la vérité.
Maintenant, mon grand bien-aimé, il faut que je te fasse part de ce que contient pour toi la lettre de Mme Chenay en dehors des tendresses qu’elle t’envoie, d’abord une erreur sur le compte des voitures qui est de dix livres 19 shillings quatre penniesc au lieu de dix livres treize shillings comme tu l’as cru par erreur, c’est-à-dire huit francs quarante centimes à restituer. Autre guitared, la cuisinière s’est aperçu sur le bateau en revenant en France avec nous qu’elle n’avait pas demandé les dernières notes du marchand de bièree, c’est-à-dire 16 petits barils montant ensemble à 51  [F. ?] 20 et enfin que la note de Lelâcheur que je lui avais remise en main propre à elle, montant à dix francs, n’avait pas non plus été payée ce qui fait additionné note à note comme ci-dessous :
Lelâcheur 10 F.
Loueur de voiture 8 F. 40
La bièref 51 F. 20
Le total de 69 F. 60
Tu ferais peut-être bien de ne pas laisser traîner mes gribouillis sur ta cheminéef. Je te dis tout cela pour ne pas l’oublier et surtout pour ne pas t’en ennuyergde visu et d’auditu c’est bien assez de t’agacer de mon sempiternel amour.


Notes

1 Hyppolite Lucas est mort le 16 novembre.

Notes manuscriptologiques

a « n’est ».

b « souffres ».

c « pennis ».

d « guitarre ».

e « bierre ».

f « bierre ».

g « ennuier ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.

  • 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
  • 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
  • 29 avrilLe Pape.
  • 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
  • 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
  • À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
  • 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
  • 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.