« 7 février 1847 » [source : MVH, α 7850], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1888, page consultée le 04 mai 2026.
7 février [1847], dimanche matin, 11 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour, bonjour ma vraie joie,
bonjour mon vrai bonheur, bonjour ma vraie vie, bonjour je suis heureuse et toi ?
Je
n’ai pas beaucoup dormi cette nuit mais je ne m’en plains pas, au contraire, puisque
j’ai pu penser tout ce temps-là aux deux heures d’amour que tu venais de me donner.
Dans ce moment-ci encore le souvenir m’en fait battre le cœur plus fort et plus vite.
Ô c’est que je t’aime !!!!!a
Que fais-tu aujourd’hui de ta journée, mon Toto ? Probablement tu travailles,
mais je voudrais savoir si tu viendras travailler chez moi car tu sais que je ne te
verrai pas ce soir. Ces dimanches soirs sont des siècles d’impatience et de tristesse
pour moi et je voudrais les raccourcir par un peu de bonheur dans la journée. Mes
pauvres péronnelles ne sont que des pis-aller qui ne me
donnent le change sur aucun des ennuis de ton absence. D’ailleurs elles sont de
beaucoup diminuées par l’entrée de Julie à
la pension Lemaire. Je n’ai plus maintenant pour coryphées que Joséphine et Eugénie, ce qui est plus que médiocre. Aussi j’aurais besoin que tu me
donnasses une bonne partie de la journée des dimanches pour me dédommager de mes
affreuses soirées. Cependant je ne veux pas te tourmenter, ce n’est pas le moment
après ce qui s’est passé hier. Je sais qu’il faut que ces deux heures de bonheur
ineffable me servent à défrayer bien des jours tristes et bien des heures d’isolement,
aussi je les ménage afin de ne pas les user tout de suite. Tu devrais m’y aider en
venant tantôt et en restant jusqu’à l’heure de ton dîner. Si tu fais cela je t’en
serai bien reconnaissante et je te promets d’avoir du courage pour jusqu’à demain.
En attendant, et pour t’obéir, je vais écrire à Mme Luthereau en lui annonçant une
lettre de toi à son mari. J’ai tellement horreur de l’écriture que je suis en retard de politesse et de procédés affectueux envers
tous ceux à qui j’en dois. C’est hideux, je le sais, mais je n’en sens que plus encore
mon horreur du papier, de la plume et de l’encre. Je n’aime à écrire qu’à toi mais
alors j’en abuse. Tant pis pour toi mon pauvre Toto.
Juliette
a Les cinq points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
