14 septembre 1838

« 14 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 225-226], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3086, page consultée le 03 mai 2026.

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Mon cher petit galeux, je vous aime et vous trouve très i malgré votre gale. Je suis prête à vous le prouver à pied, à cheval et autrement. Je travaille tant tous les jours que j’ai à peine le temps de vous écrire. Heureusement que je me rattrape dans la pensée, la mienne ne vous quitte pas une seconde, elle vous suit partouta. Prenez-y garde car je suis d’une humeur très [chazalienne ?]1 et je vous tirerai mon coup de pistolet dans le ventre net comme DOMINUS2. Voici les petites Besancenot qui viennent en corps chercher Claire pour jouer dans la cour. Je la leur ai donnée et dans ce moment-ci elles exécutent une dînette sterling. Je profite de toutes les occasions pour te dire que notre Claire devient de jour en jour plus charmante, c’est un hommage que je rends en même temps à ta sagacité qui t’avait fait devinerb cetc heureux changement. Toto est mon amour. Je viens de lire un stupide article dans le Vert-Vert sur cette pauvre triste à patte3, c’est bien à la peine de s’appeler d’un nom drolatique, d’être assassinée et femme libre pour inspirer de pareilles élucubrations à MM. les rédacteurs des journaux. Mieux vaut encore n’être qu’une pauvre vieille Juju, laide et aimant son Toto comme un lion. N’est-ce pas que ça serait mieux mon Toto ? Maintenant je vais raccommoderd mon mantelet que vous m’avez déchiré, vieux bêtae. Heureusement que je vous le ferai payer plus cher qu’au marché, tant pis pour vous mais le billet de 500 francs y passera. Apportez vos gales, vos rognes et toute votre horrible petite figure que je la baise, c’est [illis.] bon.

Juliette


Notes

1 Est-ce une allusion à Chazal, le mari de Flora Tristan, qui avait eu des démêlés avec la justice en 1836 ?

2 Net comme Dominus : expression que Juliette utilise régulièrement pour exprimer ses menaces jalouses [Remerciements à Sylviane Robardey-Eppstein].

3 « Triste-à-pattes », en argot, désigne un membre de la police parisienne, de triste mine. L’allusion est à élucider.

Notes manuscriptologiques

a « par tout ».

b « deviné ».

c « c’est ».

d « racommoder ».

e « bêtat ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.