« 12 novembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 241-242], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1307, page consultée le 04 mai 2026.
12 novembre [1846], jeudi matin, 9 h.
Bonjour, mon petit Toto adoré, bonjour, mon cher petit taquin, bonjour. Je n’accepte pas et je vous ficherai des bons coups chaque
fois que vous prendrez mes draps pour torchons. Vous verrez si je vous rate.
Taisez-vous, vous mériteriez d’avoir le nez aussi long que Vacquerie[a]1.
Comment va votre pauvre gorge ce matin ? Vous la soignez quand
vous ne pouvez plus faire autrement et puis vous la laissez là ensuite, ce qui
éternise ce bobo-là. Il faudrait cependant y faire un peu plus attention et vous
gargariser, vous tenir les pieds chauds et vous reposer un peu pendant deux ou trois
jours. Cher adoré, il ne faut pas te laisser acoquiner au
mal de gorge à l’entrée de l’hiver parce que tu ne pourrais plus t’en débarrasserb. Il vaudrait mieux faire le
sacrifice de deux ou trois jours que de souffrir sérieusement pendant quatre mois.
Penses-y, mon cher amour, et ne dédaigne pas les avis de ta pauvre Juju, quelques
difficultés qu’il y aitc pour toi et
les adopter. D’abord il y en a que tu pourrais mettre à profit tout de suite, par
exemple les pieds chauds et le gargarisme. Ce serait le moment de dire tout de suite : j’accepte, si vous
savez vous servir de ce verbe à propos. En attendant, je bisque et je rage parce que
je sens que vous souffrez et que vous ne faites pas ce qu’il faut pour l’empêcher.
Taisez-vous vilain être, je vous abomine à force de vous adorer.
Juliette
1 Observation exacte : Vacquerie avait en effet un long nez.
a Dessin représentant Vacquerie de profil, avec son long nez :

b « débarasser ».
c « aient ».
« 12 novembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 243-244], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1307, page consultée le 04 mai 2026.
12 novembre [1846], jeudi soir, 6 h. ¼
Je viens de te quitter, mon doux bien-aimé, mais avec l’espoir que tu reviendras tout
à l’heure et que tu me conduiras toi-même chez Joséphine. Je me fais cette illusion pour tromper mon impatience, Dieu
veuille qu’elle se prolonge jusqu’à ton très prochain retour. Ordinairement tu reviens
tout de suite quand tu t’en vas si tôt qu’aujourd’hui, mais déjà mon espoir commence
à
s’en aller et j’entrevois l’affreuse réalité de toute une longue soirée, et peut-être
pire que ça, toute une nuit et toute une journée sans te voir. J’en tremble d’avance
et le sang me monte au visage rien que d’y penser. Mon Toto adoré, mon amour, mon
bonheur, ma vie, ma joie, tâche de venir à quelque heure que ce soit, je t’en supplie
de toutes les forces de mon amour.
Je te ferai tenir ton petit souper tout prêt,
tu auras du bon feu sous les pieds, enfin je te laisserai trifouiller mon drap
blanc1 : - j’accepte. Acceptes-tu, scélérat, ou je te
donnea des coups. Je te laisserai
faire tous les calemboursb que
tu voudras. Hein, en voilà des concessions ! Je ne [grincerai ?] [pioncerai ?] pas, enfin je serai très bien dressée et vous
verrez que vous ne regretterez pas d’être venu. D’ici là, je fais contre fortune bon
cœur et je m’apprête à aller passer deux heures chez ces braves vieilles filles2
au risque de m’y ennuyerc beaucoup.
C’est votre faute aussi, pourquoi êtes-vous toujours si loin de moi ? Taisez-vous
et
aimez-moi et venez le plus tôt possible si vous voulez me rendre bien heureuse.
Juliette
1 Voir le premier paragraphe de la lettre du 12 décembre 1846, jeudi matin, 9 h.
2 Vraisemblablement Joséphine, voisine à laquelle Juliette Drouet rend fréquemment visite et réciproquement, et Mlle Baucoul, que Juliette, dans son Journal de 1848 qualifie de « vieille fille (…) qui demeure avec Joséphine » ?
a « donnes ».
b « calembourgs ».
c « ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
