« 13 juillet 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 187], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3688, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 13 juillet [18]64, mercredi soir, 5 h.
Cher bien-aimé, je viens de terminer l’affreuse corvée des lettres dont ma réponse
à
Mme Luthereau1. Si j’avais commencé par toi je
crois que je n’aurais jamais eu le courage de troubler mon bonheur en y mêlant
l’insipide bavarde à des indifférents. Enfin m’en voilà quitte pour quelque temps
et
je n’ai plus qu’à penser à toi, à t’aimer, à te rendre heureux si je veux et à te
bénir de toute mon âme.
On ne sait si on doit se réjouir ou si on aura à
déplorer l’accouchement de la pauvre Mme Marquand. J’ai le cœur plein de tendresse et de
pitié pour la mère et pour l’enfant. Je les recommande toutes les deux à la bonté
de
Dieu qui peut tout. Je n’ai pas envoyé savoir de ses nouvelles parce que je sais que
ta petite belle-sœur2
doit y être allée et qu’elle nous dira mieux que ne le ferait une servante, comment
se
trouve la pauvre accouchée, ce qu’on craint ou ce qu’on espère. En attendant, je prie
ardemment pour ces deux pauvres êtres, l’une à peine dans la vie, et l’autre presque
déjà dans la tombe. J’espère que ton petit Toto3 n’aura que de
bonnes nouvelles à donner de sa charmante petite malade. Mon amour a besoin de voir
tout le monde qui t’intéresse heureux. Tâche de venir avant l’heure, mon doux adoré,
pour que j’aie le temps de te dire combien je t’aime, de regarder ton âme à travers
tes yeux, de te sourire, de baiser tes cheveux, ton front et ta bouche. J’ai un besoin
insatiable de toi que rien [ne] peut satisfairea que toi. Mon cœur est
triste. Peut-être parce qu’il y a de la tristesse et de l’inquiétude autour de nous
en
ce moment. Que le bon Dieu te préserve de tout mal, mon bien-aimé, et qu’il me laisse
auprès de toi tant que mon amour te paraîtra bon et doux. C’est le vœu que je lui
adresse à tous les instants de ma vie en te priant de le répéter avec moi.
Juliette
1 Elle lui envoie une lettre le 19 juillet, pour préparer leurs retrouvailles pendant le futur voyage, où ils doivent se rencontrer à Villers. [Remerciements à Marie-Jean Mazurier pour la communication de cette lettre conservée à la Maison Hugo-Vacquerie de Villequier].
2 Julie Chenay, sœur de Adèle Hugo.
a « rien peut satisfaire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
