29 juillet 1852

« 29 juillet 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 195-196], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8593, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit bien aimé, bonjour je te souris, quoique j’aie le cœur bien gros de penser que je ne te verrai qu’une minute aujourd’hui, après t’avoir si peu vu hier. Je ne me suis couchée qu’à minuit dans l’espoir que tu pourrais peut-être te détacher de Charles mais ma patience n’a servi à rien et j’ai été forcée de renoncer à cette pauvre petite joie si longuement attendue et si ardemment désirée. Je ne t’en fais pas un reproche, mon bon petit homme, je me plains des circonstances et de la Providence qui t’éloignent de moi, quoi que je fasse pour m’en rapprocher. Les [Ybaud ?] étaient venus pour te voir hier soir et s’en sont allés à 11 h. comme ils étaient venus, plus le désappointement. Mais j’étais moi-même trop occupée de ma déconvenue PRÉVUE pour songer à les plaindre. Ils doivent revenir vendredi, pensant que tu donneras quelques instants aux pauvres Luthereau qui sont assez tristes de ton oubli apparent. Ils ont été si bons et si obligeants pour nous jusqu’au dernier moment, que je serais vraiment très contrariée et très embarrassée si tu ne pouvais pas leur consacrer une partie de la dernière soirée que tu passeras à Bruxelles. Je ne parle pas de moi qui vais être si longtemps séparée de toi tout en te suivant des yeux et de l’âme. Mais le moyen que j’aie du courage jusqu’au moment où mes lèvres pourront se rapprocher des tiennes, ce serait de me donner quelques heures du bonheur d’être avec toi avant notre départ pour Jersey. Pauvre cher petit homme, je te le demande avec instance, avec prière et avec amour parce que je souffre déjà de la pensée de rester plusieurs jours sans te parler. Te voir sans pouvoir échanger un mot de tendresse avec toi, c’est le supplice de Tantale mourant de soif et de faim auprès de l’eau la plus fraîche et des fruits les plus appétissants. C’est tout à la fois ce qu’il y a de plus doux et de plus cruel. Aussi, je te supplie de me faire une petite provision de joie et de bonheur avant de partir pour que j’aie quelque chose à grignoter pendant le voyage.

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.