27 mai 1852

« 27 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 79-80], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8708, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour, mon pauvre triste bien-aimé, bonjour avec toutes les tendresses de mon cœur, avec toute la pitié de mon âme, bonjour. Je ne sais que t’aimer mon pauvre grand proscrit, mais je m’en acquitte de manière à n’avoir d’autres sensations et d’autres sentiments que les tiens. C’est te dire, mon pauvre petit homme, que je suis aussi triste que toi-même de toutes les épreuves douloureuses que le bon Dieu t’envoie. Mais j’espère qu’elles touchent à leur fin et que tu seras bientôt réuni à toute ta famille et à l’abri de nouvelles persécutions. J’en hâte le moment de tous mes vœux et de toute la force de mon amour car rien n’est plus difficile à supporter que la pensée que tu souffres ou que tu es malheureux.
Cher petit homme as-tu pu dormir un peu mieux cette nuit ? À quelle heure t’es-tu couché ? Ce souper t’a-t-il un peu distrait de tes tristes préoccupations ? Enfin, mon doux adoré, quand te verrai-je ? Il me semble qu’il y a un intervalle énorme entre nos deux cœurs depuis trois jours. Est-ce que tu ne sens pas le besoin de le combler ? Quant à moi, mon adoré, j’entasse patience sur courage et tendresse sur amour sans pouvoir en venir à bout. Il n’y a que ta présence qui puisse résoudre cette difficulté, aussi dépêche-toi de venir si tu tiens à ne pas prolonger cet état douloureux. Je t’attends de toute mon âme.

Juliette


« 27 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 81-82], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8708, page consultée le 03 mai 2026.

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Et toujours de la pluie… Encore s’il faisait beau dans notre for intérieur, cela en serait rien, mais c’est que pour nous la vie dans ce moment-ci est aussi triste en dedans qu’au dehors. Que fais-tu mon Victor bien-aimé, où es-tu, à quoi penses-tu, que regrettes-tu et qui aimes-tu ? Est-ce que tu dîneras ce soir chez Dumas ? Si cela peut te distraire, tu fais bien, et je me ferai du bonheur avec cette pensée. Si tu n’y vas pas et que tu trouves quelque douceur à être auprès de moi, j’en serai encore plus heureuse. Ainsi, de toute façon, ce que tu décideras sera d’autant mieux accueilli que tu le feras dans l’intérêt de ta santé et de ton plaisir. Les Yvan doivent venir ce soir dans l’espoir probablement de te voir. Hier, déjà, ils avaient amené un vieux monsieur, un collègue d’Yvan en Hippocratea1 et en mauvaise fortune avec l’intention évidente de te le présenter. Aussi, ne te trouvant pas, ils se sont tous en allés à neuf heures et demie. Moi qui n’avais aucun espoir de te voir je me suis retirée à dix heures, aimant mieux la solitude absolue avec ta pensée, que ce verbiage languissant et insignifiant des Luthereau. À propos, mon bien aimé, M.  [Comailles ?] a refusé de donner un reçu sous prétexte qu’il irait te voir. Ce M. s’y est formellement refuséb par l’entremise d’une femme qui parlait pour lui. Nous verrons s’il sera allé t’accuser réception de la somme. En attendant M. Luthereau tient à ce qu’on dîne chez le gargotier aujourd’hui sous prétexte de la santé de sa servante. Nous n’irons que nous trois, Mme W.2 allant passer 24 heures à Gand aujourd’hui. Mais tout cela ne dérangera en rien notre soirée si par exception tu pouvais la passer avec nous. D’ici-là, mon petit homme adoré, je t’attends. Je t’aime de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 Hippocrate (vers 460 av. J.-C. – 377 av. J.-C.) : médecin grec et plus grand médecin de l’Antiquité. Son éthique est à l’origine du serment que prêtent les médecins.

2 Vraisemblablement Mme Wilmen.

Notes manuscriptologiques

a « hyppocrate ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.