4 juillet 1849

« 4 juillet 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 185-186], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12328, page consultée le 05 mai 2026.

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Bonjour, mon petit Toto aimé, bonjour, mon représentant adoré, bonjour. Fourre ton nez sous la couverture et ne te réveille que le plus tard possible, car le froid est très vif et le ciel très grognon. Quant à moi, si j’osais, je me recoucherais rien que pour réchauffer mes pieds qui sont comme des verrous. Si je ne me donne pas cette satisfaction, c’est uniquement pour être prête à midi dans le cas où tu viendrais par exception à l’heure convenue. À quelle heure es-tu sorti de l’Assemblée hier au soir ? Je regrettais de n’avoir pas eu le courage et la patience de t’attendre pour te conduire à Saint-James1, mais j’étais si fatiguée que je craignais de rester en route, aussi ça n’a pas été sans protester contre ma lâcheté que je suis revenue tout de suite par l’omnibus. Du reste bien m’en a pris pour cette stupide Suzanne qui a été obligée de se coucher en arrivant. Maintenant cela va mieux, ce n’était qu’une mauvaise digestion. Heureusement, car rien ne m’embarrasserait plus que de l’avoir malade dans un moment où il me serait impossible de prendre une personne supplémentaire pour faire sa besogne. Sans compter l’ennui de voir souffrir cette pauvre créature absurde. Mais je te dis là des choses bien insignifiantes comparées à toutes celles que j’ai dans l’esprit et dans le cœur et dont tu es seul l’objet. Je t’adore.

Juliette


Notes

1 La famille Hugo est en villégiature estivale à Saint-James.


« 4 juillet 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 187-188], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12328, page consultée le 05 mai 2026.

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J’ai ta carte d’électeur, mon cher petit homme, que l’on m’a remise sous enveloppe ce matin même. Il paraîtrait décidément que ce M. Bouard serait employé à la mairie de notre arrondissement. Grand bien lui fasse de toute façon et malgré son équivoque position dans cette maison. Mais toi, mon cher adoré, toi, comment vas-tu ? À quelle heure êtes-vous revenus tous de Saint-James ? Si je l’avais su je crois que je serais allée au-devant de vous pour avoir le bonheur de vous voir passer. Au lieu de cela, je me suis couchée à dix heures et demie et comme une bête, non sans avoir beaucoup parlé de toi avec le jeune Pierceau1 qui est venu me voir et à qui j’ai promis de mettre de côté pour lui tous les nos du journal L’Événement, que ses moyens ne lui permettent pas d’acheter tous les jours. Voilà, mon petit homme, à quoi j’ai passé mon temps hier au soir. Mais que j’aurais bien mieux aimé au lieu de parler de toi, t’entendre parler toi-même dans un petit coin ou dans un TROU DE SOURIS, car rien n’est impossible à la peur et à l’amour. Et quand la venette2 de Ledru Rollin passe par un vasistas3, l’admiration d’une Juju peut bien habiter un trou de souris pour jouir plus longtemps de la vue de son Toto qu’elle adore. C’est mon opinion.


Notes

1 Auguste Pierceau.

2 Venette : Terme bas et populaire qui désigne la peur, l’inquiétude, l’alarme. (Littré)

3 Guichet qui s’ouvre en permanence pour guetter à volonté, ou pour parler à quelqu’un. (Littré)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.

  • 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
  • AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
  • 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.