« 3 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 207-208], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12270, page consultée le 25 janvier 2026.
3 décembre [1845], mercredi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon petit homme bien aimé, bonjour, mon adoré, bonjour, je baise tes beaux yeux pour les rafraîchira, ta belle bouche pour la respirer, tes belles mains pour les admirer et tout ton adorable petit corps pour me faire plaisir. Comment vas-tu ce matin, mon cher bien-aimé ? As-tu eu des nouvelles d’Hernani1 ? Je te remercie le plus tendrement que je peux de n’y être pas allé sans moi. Tu ne sais pas le chagrin vif et profond que cela me fait chaque fois que tu vas au théâtre sans moi et aussi quand tu vas n’importe où. Mais le théâtre en particulier me semble un lieu défendu si tu n’es pas avec moi. Enfin tu n’y es pas allé hier, je t’en remercie du fond de l’âme, quoique je sache que ce n’est pas par ÉGARD pour moi mais bien à cause de certaines formalités de déférence et de politesse non accomplies de la part de ces ignobles histrions. Mais je ne suis pas fière et je profite de la circonstance avec la même reconnaissance que si elle avait été faite pour moi. Baise-moi, mon adoré, je t’aime. Pense à moi si tu peux et viens le plus vite possible baigner tes pauvres yeux et recevoir mes caresses dont je ne sais que faire. En attendant, j’en mets le plus que je peux dans ce petit coin de papier : je te baise, je t’aime, je t’adore.
Juliette
1 Hernani a été repris au Théâtre-Français le 2 décembre 1845. Il sera joué les 18 et 21 décembre suivants.
a « raffraîchir ».
« 3 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 209-210], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12270, page consultée le 25 janvier 2026.
3 décembre [1845], mercredi matin, [11 ?] h. ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon
Toto ravissant, bonjour, je vous aime.
Comment vas-tu mon Toto ce
matin ? M’aimes-tu ? Je me suis aperçuea cette nuit en relisant ta lettre
adorée1, que la transpiration la gâtait et j’ai été
forcée de m’en séparer, à mon grand regret, non sans l’avoir couverte de
baisers. Je l’ai mise dans mon livre rouge et, quoique ce soit sous ma
tête et que je puisse laisser ma main dessus toute la nuit, je ne la
trouve pas encore assez près de moi. Il a fallu toute ma raison et tout
le désir que j’ai de la conserver intacte toute ma vie pour me décider à
la quitter si vite. Mais je n’en suis pas plus contente pour ça, au
contraire. Encore si je vous voyais plus souvent et plus longtemps, cela
me mettrais du baumeb dans mes épinards, mais vous venez si peu,
scélérat, que ce n’est pas la peine de le dire.
Mon pauvre ange du
bon Dieu, ne t’embarrasse pasc de mes étrennes. Ce que je te demandais,
c’était un brimborion à Dédé.
Elle n’en a pas, tout est dit. J’ai la bourse de Juju, cela me suffit.
Autre chose où il faut que tu dépensesd de l’argent et que tu prennes sur ton repos
et sur ta santé pour l’avoir ne me satisfera pas. Ainsi je t’en
supplie{« je t’en suplie »}, mon Toto, ne te tourmente pas à ce sujet.
Je te le répète, ce que je voulais, ce n’était qu’une petite copinerie avec Dédé.
Jour, Toto chéri, jour, mon cher
petit o, je ne veux pas que mon machin vous
empêche de faire votre devoir envers moi. Je
veux, au contraire, que vous vous signaliez par des EXPLOITS FAMEUX. En
attendant, je mets force cataplasme et je vous aime comme une
enragée.
Juliette
1 Lettre non conservée, à notre connaissance.
a « je me suis aperçu ».
b « du beaume ».
c « ne t’embarasse pas ».
d « tu dépense ».
« 3 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 211-212], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12270, page consultée le 25 janvier 2026.
3 décembre [1845], mercredi soir, 4 h. ¼
Je suis là, mon bien-aimé, je t’attends, je pense à toi, je t’aime, je te
désire, je t’adore. J’espère que tu vas bientôt venir, car voici la nuit
et tu viens assez volontiers à ce moment-là. Je ne te demande pas à
sortir parce qu’il me serait impossible de poser un pied devant
l’autrea. Depuis que je fais le remède d’Eulalie, je souffre comme une
damnée. Je persiste cependant pour voir si ce remède homéopathique me
guérira. J’en doute.
Mon petit bien-aimé adoré, je serais bien
contente si tu venais dans ce moment-ci. La journée est si longue et si
ennuyeuseb quand
je ne t’ai pas vu une pauvre minute au milieu que tu serais bien gentil
de venir me faire reprendre haleine et courage. On ouvre la porte,
c’est....c la blanchisseuse. Que le diable l’emporte pour la
fausse joie qu’elle vient de me donner. Personne ne devrait se permettre
d’entrer chez moi quand je t’attends. Il est vrai qu’il n’y entrerait
jamais personne puisque je t’attends toujours. Mon Dieu, quelle vieille
rabâcheuse je fais. Je dis sans cesse la même chose, je suis absurde et
je ne mérite même pas d’avoir un liard. Du reste, il me faudrait une
chandelle allumée, car je n’y vois plus du tout et je cours grand risque
de t’embrasser dans l’oreille. N’importe, je me risque.
Juliette
a « un pied un devant l’autre ».
b « ennuieuse ».
c Juliette a tracé quatre points.
« 3 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 213-214], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12270, page consultée le 25 janvier 2026.
3 décembre [1845], mercredi soir, 11 h.
Je t’écris un peu tard, mon petit Toto, à cause des petits goistapioux qui sont venus un peu
plus tôt que je ne les attendais. Je me dépêche de me rabibocher avant
que tu ne viennes. Je vous aime, mon Toto, vous saurez ça. Je vous
trouve trop joli garçon, ce qui me vexe beaucoup. Il faudra que je vous
griffe un peu pour rétablir l’équilibre entre nos deux hures, car je perds trop à la comparaison
comme ça. En attendant, je me fais faire mon cataplasme et je me mire
dans mon fauteuil qu’on m’a apporté ce soir et qui est mirobolant. Du
reste, je ne souffre presque pas assise dans mon fauteuil à moi. Je suis presque aussi bien que dans mon
lit. C’est une très bonne chose pour moi que de savoir où reposer le
contraire de ma tête, chose qui m’embarrassait assez depuis huit jours.
Je vous dis que je ne serai pas six mois à traîner mon
Saint-Frusquin1 en
écharpe comme une bête. Je vous forcerai même d’ici à très peu de jours
à faire des ARMES ZAVEC MOI comme avec la BRADAMANTE de la foire de
Saint-Cloud2. Nous verrons si
vous vous laisserez TOUCHER. D’ici là, soyez
prudent et ne faites pas le tranche-montagne comme c’est assez votre
habitude, car je ne le souffrirais pas.
Baisez[-moi] mille millions de fois et plus vite
que ça.
Juliette
1 Expression populaire qui signifie « ce qu’on a d’argent et de nippe » (Larousse).
2 À élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
