7 février 1854

« 7 février 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 61-62 ], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2427, page consultée le 01 mai 2026.

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Les restitus se suivent et se ressemblent, mon cher amour, grâce à la monotonie immuable de mon amour. Aussi, je ne sais pas quel charme tu peux trouver à lire cette espèce de [programme ?] de mon cœur tous les jours. On dit qu’il ne faut pas disputer les goûts et les couleurs ; mais il n’en n’est pas moins étonnant que tu tiennesa à ces maussades et informes élucubrations qui ont l’inconvénient de cacher mon amour plutôt que de le montrer. À moins que ce ne soit pour la forme, il m’est difficile d’expliquer votre motif. Cela ne m’empêche pas d’avoir une affreuse migraine et de me livrer à un redoublement de stupidités comme si cela était bien nécessaire à votre bonheur. Quant au mien, de bonheur, il dépend tout entier de vous, malheureusement, aussi je ne sais jamais quand et combien il vous plaît de m’en donner. J’attends. Occupation très noble mais très embêtante. Je regarde arriver la nuit avec impatience dans l’espoir que tu viendras dès qu’elle sera à son poste. Mais je crains que le bonhomme Durand dans son enthousiasme pour toi ne vienne en même temps, ce qui rognerait d’autant ma pauvre petite languette de bonheur. D’un autre côté, à moins de lui défendre de venir avant que la soupe soit sur la table, ce qui serait peu hospitalier, il ne comprend pas que sa présence puisse être une gêne pour nous. Il paraît que ton dîner est remis à demain, pourquoi ? Il paraît en outre que Manon-potage Suzarde a trouvé drôle de te [tanner ?] sous prétexte de te forcer à dîner avec moi aujourd’hui, comme si tu étais capable d’un pareil trait d’improvisation. Je te demande pardon pour elle et pour moi et je m’estimerai très heureuse que tu viennes tout de suite et que tu ne t’en aillesb que le plus tard possible. Jusque là, mon cher petit bien-aimé, je t’aime avec toute la patience dont je suis capable et je t’attends à outrance. Je te baise à foison et je te griffouille à mort. Si vous n’êtes pas content de toute cette raide action, tant pire pour vous, je ne peux pas faire mieux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « tienne ».

b « ailles ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.

  • JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
  • 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
  • 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
  • 10 févrierExécution de Tapner.
  • 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
  • 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
  • Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
  • Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.