« 4 avril 1848 » [source : MVH, 8060], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4807, page consultée le 07 mai 2026.
4 avril [1848], mardi après-midi, 3 h. ½
Je ne t’avais pas encore écrit, mon doux bien-aimé, quelque envie que j’en aie eu
depuis ce matin mais mes douleurs étaient si vives et si atroces qu’il m’aurait été
impossible d’essayer d’aucune diversion. Depuis cette pommadea je me sens bien calmée et j’en profite
pour t’écrire toutes ces choses que tu sais déjà et qui ne gagnent pas en beauté ni
en
gracieuseté à être répétées. Décidément la maladie ne m’inspire rien de bien drôle
ni
de bien aimable et mieux vaudrait me taire et économiser le papier, la plume et
l’encre pour une meilleure occasion. J’attends le médecin. J’espère qu’il me donnera
enfin quelque chose qui agisse promptement sur la masse du sang. Justement le voici.
Je l’ai vu. Il n’est pas d’avis de prendre un bain et il n’ordonne pas la diète.
Il est fâché que j’aie pris ce remède tantôt mais moi je ne le regrette pas parce
que
je me sens beaucoup mieux que ce matin. Du reste il ne viendra plus maintenant que
dans huit jours, lundi prochain dans la soirée. Il espère dit-il me guérir, Dieu le
veuille. Je ne m’y oppose pas au contraire. En attendant je traîne la jambe et je
tire
la langue comme un pauvre chien fatigué. Je t’aime, mon petit homme, je suis fatiguée,
je suis souffrante, je suis triste, je suis bête, je suis agacée, je suis méchante
et
féroce mais surtout et malgré tout je t’adore.
Juliette
a « pomade ».
« 4 avril 1848 » [source : MVH, 8061], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4807, page consultée le 07 mai 2026.
4 avril [1848], mardi, 5 h. du soir
J’espère que tu vas bientôt venir, mon petit homme, je le désire et je m’en fais d’avance une grosse joie. Il a fallu que je ne puisse remuer ni pied ni patte pour ne pas aller au-devant de toi. Mais si tantôt avait été à [présent ?] j’y serais allée malgré les conséquences qui auraienta pu en résulter. Si je n’avais pas l’espoir que tu vas venir bientôt je serais furieuse de n’avoir pas passé outre les douleurs qui m’exaspéraient. Tâche de ne pas me les faire revenir en me faisant attendre trop longtemps, je crois que l’impatience et le désappointement est très contraire à ce genre d’indisposition. Aussi vous pourrez en prendre toute la responsabilité si vous ne vous dépêchez pas de venir aussitôt votre séance finie. Mon doux petit bien-aimé, je te promets de ne pas manger de la vie ni des jours si tu viens tout de suite. Je te promets de devenir mince et diaphane comme cette délicieuse vignette qui pour n’être pas anglaise n’en est que plus maigre et n’en a que plus de mériteb. Si tu viens tout de suite je te rendrai tes trente-cinq sous en Bon du trésor. Je te chanterai ta romance, je te ferai des couplets pour les refrains. Enfin je te ferai une foule de choses plus chouettes les unes que les autres et je te dirai s’il a crié quand il m’a mordue1. Toujours si tu viens tout de suite.
Juliette
1 Citation à identifier.
a En travers de la page, Juliette Drouet a dessiné une femme très grande et très mince.
b En travers de la page, Juliette Drouet a dessiné une femme très grande et très mince.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
