« 22 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 334-335], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2170, page consultée le 10 mai 2026.
22 avril [1836], vendredi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher adoré. Comment m’aimes-tu ce matin ?
S’il y a un nom au-dessus
de l’amour, s’il y a un mot plus doux et plus charmant pour l’oreille d’un amant que
celui-ci : je t’aime, c’est de ce nom, c’est de ce mot, dont
je veux me servir car ce que je sens est au-dessus de tout ce que je peux
exprimer.
Bonjour, mon pauvre cher bien-aimé. Comment vas-tu, comment vont tes
yeux ? Je ne me suis endormie que le plus tard que j’ai pu hier parce que je voulais
ne pas laisser une seule miette du bonheur que j’avais eu dans la journée pour le
lendemain. C’est une MANNE qu’il faut manger toute fraîche,
l’amour étant une autre providence qui ne laisse pas manquer les cœurs qui lui sont
tout dévoués. Aussi, j’ai relu ta lettre, lettre à lettre, mot à mot, pour faire durer
le bonheur plus longtemps. J’ai senti ton bouquet qui cette fois sentait le Toto. Et puis j’ai senti les baisers que tu avais laissés
sur mes lèvres et les baisers sentaient la violette. Ce
n’est pas ma faute. Et puis enfin je me suis rappelée toutes les paroles que tu avais
dites dans la soirée et sur chacune d’elle j’ai mis autant de baisers qu’elle en
pouvait contenir. Et puis j’ai laissé mon cœur débordera sur ton souvenir. Voilà ce que j’ai fait et je ne m’en trouve
pas plus mal ce matin. Si tu veux t’en assurer, tu trouveras une Juju adorant son
Toto, et en fonds pour lui payer LA PRIME en
quelque monnaie que vous la désiriez.
J.
a « débordé ».
« 22 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 336-337], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2170, page consultée le 10 mai 2026.
22 avril [1836], vendredi soir, 8 h. ¾
Je t’aime, ça m’est égal les pots -----… Je ne suis plus au fil de mes idées à
présent que vous êtes venu apporter votre jolie figure rayonnante au milieu de moi
sans vous inquiéter de l’effet que cela me ferait.
Je disais que je vous aime. Je
vous le dis encore et je vous le dirai toujours tant que j’aurai une âme pour vous
adorer. Je disais aussi que tous les plats, toutes les soupières, tous les pots, tous
les oiseaux, toutes les fleurs et tous les Chinois du globe terrestre et autres ne
valent pas l’ongle de ton petit doigt et que je suis toute prête à vendre tout mon
saint saint-Frusquin pour passer cette nuit avec toi.
Mon cher petit homme adoré, vous vous êtes enfui bien
vite : heureusement que mon cœur court plus vite que vous et qu’il vous a déjà
rattrapé. Si vous étiez bien charmant, vous vous laisseriez ramener par lui et nous
finirions joyeusement la soirée.
Que je t’aime, toi. Tu n’y fais pas attention
parce que je ne sais pas bien te le dire, et cependant jamais amour ne fut plus
ardent, plus sincère et plus concentré que le mien. Je t’aime, je te dis. Je n’ai
de
joie que lorsque tu es devant moi. Toi absent, je ne désire que toi, toi toujours
toi.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
