« 25 juillet 1847 » [source : MVH, α 7948], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3766, page consultée le 06 mai 2026.
25 juillet [1847], dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon petit homme, bonjour. Tu n’as pas voulu me réveiller cette nuit en me parlant et j’étais trop endormie moi-même pour me réveiller seule. Aussi c’est à travers un roupillement hideux que j’ai su que tu étais là et que tu y es très peu resté. Je devrais t’en vouloir plus qu’à moi et cependant, par une injuste préférence, c’est à moi que j’adresse tous les reproches et toutes les injures qu’en bonne conscience tu mérites encore plus que moi ; car si tu m’avais parlé cette nuit au lieu de garder ce silence soporifique j’aurais pu mettre davantage à profit ta bonne et charmante visite. Nous verrons si tu m’en dédommageras en venant de bonne heure aujourd’hui. Tu sais que tu ne peux pas revenir ce soir ? Cela seul, si tu m’aimes un peu, devrait te faire venir plus tôt. Quand je te vois je suis si heureuse ! Il me semble que je n’ai rien perdu et que je n’ai rien à redouter pour l’avenir. Dès que tu me quittes toutes ces douces illusions s’en vont et je reste avec la plus triste et la plus douloureuse des réalités. C’est pour cela, mon doux adoré, que je te prie avec tant d’insistance de venir le plus que tu peux et de t’en aller le moins possible. Ce ne sont pas des prières désintéressées mais elles sont bien tendres et bien passionnées.
Juliette
« 25 juillet 1847 » [source : MVH, α 7949], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3766, page consultée le 06 mai 2026.
25 juillet [1847], dimanche, 11 h. ¾
Dans l’espoir que tu viendras bientôt, je me dépêche de te gribouiller ma seconde et dernière feuille de papier. Tâche que je ne me sois pas dépêchée pour rien et que je puisse me rabibocher de la journée d’hier et de la soirée d’aujourd’hui. Je suis un peu blaireuse mais je sais à quoi cela tient. Je n’y ferais même pas attention si tu étais auprès de moi. Voilà comment et pourquoi vous êtes la cause de tous mes maux. Vous voyez bien que c’est vrai. Taisez-vous. Je viens d’envoyer chercher du papier pour le cas où vous voudriez écrire à la mère d’Alfred1. Vous voyez combien j’y mets de complaisance. Que cela vous serve d’exemple à l’avenir pour moi-même. En attendant, vous devriez renouveler votre provision de papeterie et ne pas me forcer à jeter l’argent dans la poche du marchand voleur qui me vend quatre sous le cahier que vous payez six liards. Après cela si ça vous amuse vous êtes libre. Ce dont vous n’êtes pas libre, c’est de ne pas m’aimer et de me faire des TRAITS2 et des ALFRED avec les premières et les dernières venues que vous rencontrez. Pour cela je m’y oppose formellement et je prendrai mon grand couteau en aide plutôt que de vous laisser vous moquer de moi à mon nez de Juju. Taisez-vous.
1 Probablement Alfred Asseline, cousin de la femme de Victor Hugo.
2 Expression argotique : tromper, commettre des infidélités.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
