« 9 mai 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 106-107], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2115, page consultée le 10 mai 2026.
9 mai [1847], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon divin bien-aimé, bonjour et bonheur à toi. Je ne veux plus que ce qui est arrivé cette nuit se renouvelle car alors je ne te verrais plus et vraiment ce ne serait pas la peine de vivre. Il m’est impossible de ne pas éprouver des accès de somnolence à vivre seule comme je le fais, lorsque la soirée est avancée, et il est tout simple encore que je ne fasse aucun effort pour y résister jusqu’au moment où tu viendras et que j’éteigne les bougies, par prudence et par économie. Mais il est encore plus simple que tu ne m’en punisses pas en te servant de ce prétexte pour t’en aller tout de suite. Je te dis cela très sérieusement et très tendrement en te suppliant de m’écouter et de ne pas me punir de céder à un sentiment involontaire de somnolence. Pensea donc, mon pauvre adoré, que c’est le seul moment où je puisse vraiment te voir et échanger quelques douces paroles avec toi. Si tu me le prends, il ne me restera plus rien que l’ennui de ma vie solitaire et l’impatience de t’aimer à vide. Penses-y, mon Toto, et tu sentiras combien ma réclamation est juste. Avec tout cela je t’aime plus que jamais et je te désireb d’autant. Tâchec de venir me rabibocher de bonne heure de ma soirée perdue.
Juliette
a « Penses ».
b « désires ».
c « Tâches ».
« 9 mai 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 108-109], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2115, page consultée le 10 mai 2026.
9 mai [1847], dimanche après-midi, 2 h. ¼
Je me fais prendre patience, mon amour, en me faisant espérer que tu
viendras tout à l’heure. Cependant la confiance que je m’accorde ne me rassure pas beaucoup et je voudrais que tu te fissesa solidaire de mes promesses en venant
tout de suite. Je suis comme Arlequin qui se gronde et s’impatiente contre lui de
ce
qu’il se raconte des histoires qu’il connaît pour se
désennuyerb en attendant son
maître. Moi je me fais, en t’attendant, des promesses que je connais trop, hélas !
pour ne se réaliser jamais. Et je m’irrite et je m’impatiente contre moi comme si
c’était ma faute.
Je m’aperçois que le diable n’y reconnaîtrait pas ses petits
dans tout ce que je viens de te gribouiller mais peut-être seras-tu plus fort que
lui
et démêleras- [tu ?] à travers tous ces mots, brouillés dans mes idées
comme des pointes d’asperges dans des œufs, que je t’aime et que je souffre de ton
absence. Voilà au reste le véritable sens de tous mes gribouillis, quelle
que soit la forme plus ou moins biscornue et saugrenue
que je leur donne.
Il est probable que j’aurai Eugénie et son fils1,
Mme Triger et
son fils, à dîner aujourd’hui. Si tu ne viens pas bien vite je te verrai à peine
encore aujourd’hui, ce qui me sera bien triste. Tâche de venir tout de suite, laisse
de côté pour un moment tes affaires si tu peux pour venir me donner la joie de te
voir, de t’entendre et de te baiser.
Juliette
1 Jules-Charles, fils non reconnu du peintre Ziegler, a dix ans.
a « fisse ».
b « désennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
