« 20 mars 1847 » [source : MVH, α 7862], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2031, page consultée le 01 mai 2026.
20 mars [1847], samedi après-midi, 4 h. ¼
Je ne pouvais pas être prête, mon bien-aimé, pour l’heure que tu
m’indiquais parce que ma seule et unique robe de mousseline de laine noire a besoin
maintenant d’un raccommodage chaque fois que je la mets. Si j’avais su cela hier je
l’aurais préparée avant ce matin ou ce matin même. J’en ai été plus que contrariée
et
à présent encore je n’en ai pas encorea pris mon parti et j’ai le cœur triste et malheureux de cette bonne occasion
manquée. Elles sont si rares que pour peu que j’en échappe quelques-unes il ne m’en
reste plus du tout. Ce n’est pas une raison pour te bouder, cher adoré, bien au
contraire, et je te souris malgré mon chagrin.
Eugénie est venue tout à l’heure avec l’air
profondément accablé et souffrant. Elle venait savoir si j’avais besoin d’elle puis me demander des choses insignifiantes au sujet de
M. Vilain. Était-ce un prétexte ? Je ne
saurais le dire car ce n’est pas la première fois que je lui vois cette attitude
maladive et désespérée. La première émotion de colère et d’indignation passée, je
me
suis sentie prise de pitié pour cette malheureuse créature qui, quel queb soit l’état intérieurc de son esprit et de son âme,
souffre. Sa méchanceté même était un sujet de pitié douloureuse qui me donnait envie
de pleurer. Elle s’en est allée au bout de quelques instants sans que j’aie essayé
de
la retenir, comme je l’aurais fait autrefois. Elle m’a demandé si elle pourrait venir
demain avec son fils et je t’avoue que je n’ai pas eu le courage de lui dire que non.
Elle viendra donc demain avec son enfant. Je tâcherai de lui faire bon visage. Je
sens
plus que jamais qu’une explication n’avancerait à rien et je suis décidée à tout faire
pour l’éviter. Il ne dépendra pas de moi que je tienne à ma résolution, quelque chose
qui m’en coûte.
Quand je pense, mon doux adoré, que je pourrais être tout à
l’heure auprès de toi si j’avais été prévenue à temps, cela me rend si malheureuse
que
j’ai toutes les peines du monde à me retenir de pleurer. Pourvu que tu reviennes dès
que tu auras quitté la Chambre ? J’ai une peur affreuse que tu ne te laissesd confisquer par tes honorables collègues, que le diable emporte, et que tu ne reviennes que très
tard. Tant que tu ne seras pas là je serai poursuivie par cette vilaine idée.
Juliette
a La répétition a échappé à Juliette.
b « quelque ».
c « intérieure ».
d « laisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
