« 13 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 41-42], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1788, page consultée le 01 mai 2026.
13 mai [1846], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon âme, bonjour ma joie, bonjour toi. Je t’aime. Je n’ai pas eu le temps hier de te supplier de m’écrire si tu ne pouvais pas venir mais c’est sous-entendu, j’espère et tu m’écriras une bonne petite lettre dans le cas où tu ne pourrais pas venir aujourd’hui. J’ai toutes les peines, même avec le secours de tes adorables tendresses, à attendre ton retour jusqu’au lendemain avec courage et résignation. Tu ne sais pas, mon bien-aimé, tu ne peux pas savoir à quel point tu es ma vie. Un des regrets qui s’ajoute à tous ceux que j’ai en me séparant de toi est de ne pouvoir pas suivre ta voiture des yeux jusqu’à ce qu’il ne me soit plus possible de l’apercevoir. Mais les stupides badauds qui pullulent à cet endroit m’en empêchent par leur injurieuse curiosité. Je suis forcée, quelques regrets qu’il m’en coûte, de m’éloigner pendant que tu t’en vas et de hâter malgré moi le moment où je ne peux plus te voir. Il y a des gens féroces à force de stupidité. J’en fais au-dehors et chez moi-même la douloureuse expérience chaque fois que je te reconduis et que je reçois M. Pradier. Sa pauvre fille est toujours dans le même état, plus faible et plus abattue que jamais. Elle a passé une nuit tranquille à partir de minuit ; jusque là nous ne nous sommes pas couchées. Ce matin je n’ose en rien dire. C’est le moment où elle est mieux. J’ai bien besoin, mon adoré bien-aimé, que tu viennes renouvelera provision de courage et de bonheur car elle est [illis.] et il n’y a que toi qui puisses me donner [illis.] qui me manque. [illis.] Je te baise [illis.].
a « renouveller ».
« 13 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 43-44], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1788, page consultée le 01 mai 2026.
13 mai [1846], mercredi après-midi, 3 h. ¼
Plus la journée s’avance et plus ma tristesse augmente, mon pauvre
doux bien-aimé, car je pense que je ne te verrai pas. J’ai beau être très occupée
des
soins à donner à ma pauvre fille et de la difficulté d’encadrer ma vie dans cet
affreux petit taudis de boutiquier, je n’en sens que plus le vide et l’isolement que
me fait ton absence. Rien ne peut me distraire de l’ennui qu’elle me cause. Rien ne
saurait combler l’affreux trou que font dans mon cœur ces quatre mots hideux : il
ne
viendra pas. Tes lettres mêmes, tout adorables qu’elles sont, ne bouchenta pas entièrement cette énorme brèche par
laquelle mon bonheur s’en va. Je me suis levée tout à l’heure pour aller voir si ce
n’était pas toi qui arrivait parce que j’avais entendu le bruit de l’omnibus qui
s’arrête à la porte. Je m’en reviens toute penaude finir ce lamentable gribouillis
avec le découragement et la mort dans âme. J’ai déjà demandé à quelle heure les
lettres de Paris se distribuaient dans la banlieue mais Suzanne n’a pas su me le dire. Cette commission dépasse la somme de son
intelligence. Cependant j’espère que si tu ne peux pas venir absolument tu auras eu
la
bonté de m’écrire pour que je ne passe pas une trop mauvaise nuit. En attendant, je
relis les deux autres que je sais par cœur pour avoir le bonheur de promener mes yeux
où ta chère petite main a passé pour baiser uneb à une chaque lettre des mots si doux et si ravissants que tu m’as
écrits, mais cela ne suffira pas ce soir si je ne t’ai pas vu. Il m’en faudra encore
une autre encore plus tendre, encore plus charmante, encore plus admirable si c’est
possible. Je me contenterai de la même lettre répétée, pourvu qu’elle m’arrive
aujourd’hui parce qu’elle me prouvera que tu as pensé à moi, que tu me plains, que
tu
me regrettes et que tu m’aimes pendant que moi je te désire de toutes mes forces et
je
t’adore de toute mon âme.
Claire va assez bien. Justement te voilà.
a « bouche ».
b « un ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
