14 janvier 1846

« 14 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 43-44], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4603, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour mon petit Toto chéri, bonjour mon plus qu’aimé, bonjour mon adoré petit Toto. Je suis en retard de beaucoup et je me dépêche pour rattraper le temps perdu. Quand je dis le temps perdu, c’est une manière de parler car je n’ai pas perdu une minute depuis que je suis levée. Mais tu sais que je suis MADAME DE MILLE AFFAIRES. Il n’y a pas de plus occupé que les gens qui ne font rien et je suis de ce nombre-là. Tout à l’heure je ferai ton eau1 et puis après je me débarbouillerai. Je te fais penser, dans le cas où tu l’oublierais que c’est demain le 15. Il faudra aussi que tu me donnes de l’argent pour la blanchisseuse et dans trois jours le mois de Suzanne. Tu n’as pas plus tôt fini d’un côté que c’est à recommencer d’un autre, mon cher petit bien-aimé c’est la vie, mais cela n’en est pas plus drôle pour toi, pauvre adoré qui porte le fardeau à toi tout seul. Dans mon énumération, j’ai encore oublié de te dire les reconnaissances. Comme je sais que tu veux être prévenu, je te l’écris d’avance. Je voudrais plus que jamais gagner à la loterie. Ce serait un petit commencement de fortune qui te donnerait le temps de respirer un peu. Hélas ! Je crains bien de n’avoir même pas la plus petite vache sans cornes et pas le moindre nègre de quelque couleur que ce soit2. Il est vrai que tu auras l’honneur d’avoir fait deux bonnes actions. C’est toujours ça, mais c’est bien CHESSE. Baise-moi je t’adore.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo avait des problèmes ophtalmologiques et venait souvent baigner ses yeux chez Juliette.

2 Dans sa lettre du 9 janvier, Juliette mentionne des statuettes de vache sans corne et de nègre vues dans une loterie.


« 14 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 45-46], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4603, page consultée le 04 mai 2026.

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Je voudrais bien te voir mon cher aimé. Est ce que cette vilaine séance, dans laquelle vous vous complaisez trop, n’est pas prèsa de finir ? Pour ma part je trouve que vous prolongez le bonheur des tribunes un peu trop longtemps. Encore si j’en prenais ma part je pourrais peut-être trouver la chose moins scandaleusement longue. Mais comme il n’en est rien je suis furieuse de tout mon cœur. Pour me dédommager j’ai eu la visite de la mère Sauvageot. Elle venait me prier de te supplier d’accueillir avec quelque bienveillance un volume qu’on doit t’envoyer ce soir ou demain de la part d’un Ostrogothb… quelconque, lequel Ostrogoth cumule le métier d’employé de l’illustre Rambuteau et celui de gribouilleur, ça n’est pas incompatible à ce qu’il paraît. Ce même ostrogoth toujours noff aurait la manie de concourir pour un prix académique quelconque. Ce que voyant, le Sauvageot mâle qui est son compagnon de Grattoire, gratouère, gratoâre, gratuouaire, comme l’indique le dictionnaire. Henri Monnier aurait dépêché sa femelle pour m’attendrir au sujet de cet ostrogonoff et par contre te subtiliser un enthousiasme de 12 ou 15 [00 F  ? ]. La méthode n’est peut être pas très bien imaginée, attendu que toi, JE et MOI, sommes peu sensibles de notre nature POLITIQUE ET LITTÉRAIRE. Aussi je m’en fiiiche comme de deux œufs et je te conseille d’en faire autant. Voilà, mon adoré à quel régime je suis quand vous m’abandonnez. Si vous croyez que c’est là ce qui rend une femme heureuse, vous vous flouez du tout au tout et moi par-dessus le marché. Il y a des moments où je jetterais le manche après la cognée dans les jambes de la providence pour lui apprendre à me faire le bonheur si petit et si mince. Heureusement le respect pour cette illustre dame me [retient ?] et puis encore la crainte qu’elle ne me le supprime tout à fait, mon pauvre petit Bonheur. Aussi, je m’aplatisc devant elle et je lèche la sacrée poussière de ses pieds sur vos hideuses beauttes.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « prête ».

b « Ostrogo ». Même chose plus loin.

c « m’applatis ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.