« 11 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 276-277], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12194, page consultée le 01 mai 2026.
11 septembre [1845], jeudi soir, 11 h.
Je suis écrasée de fatigue, mon bien-aimé, mais cependant je ne me
coucherai pas sans t’avoir dit bonsoir et sans m’être informée par la
pensée de l’état de santé de ton frère1. Il faut que tu l’aies trouvé sérieusement malade
puisque tu n’es pas revenu ce soir ? Peut-être aussi, et dans ce cas-là
j’en serais bien contente pour lui et pour toi, que forcé de ramener
Charlot à domicile, tu
n’as pas pu revenir tout de suite m’embrasser, mais que je vais te voir
tout à l’heure.
Cher bien-aimé, tu sais dans quel état tu m’as
trouvée ce matin et dans quel état tu m’as laissée ? Je n’avais pas
encore eu le temps de t’écrire. Depuis mes nettoyagesa m’ont conduite
jusqu’à la nuit et au moment où j’allais t’écrire, la mère Lanvin est venue, qui a dînéb avec moi fort tard.
Elle est repartie à 10 h. ½. Après elle, j’ai compté la dépense et puis
enfin je finis par où je commence d’ordinaire ma journée en t’écrivant
tout ce qui me passe par le cœur et par la tête. Je suis éreintée et
courbaturée mais je ne pourraisc pas dormir si je ne t’avais pas dit toutes mes
petites affaires de cœur. Mon Toto, je t’aime, tu es mon pauvre petit
homme doux et ravissant que j’aime toujours de plus en plus comme si
cela était possible. Seulement je ne te vois pas assez, voilà ce qui me
tracasse. Aujourd’hui je n’ai pas trop le droit de me plaindre mais
hier, mais avant-hier, mais, mais tous cesd mais-là sont bien chesses. Pourvu que ton frère ne soit pas sérieusement malade ? J’espère
que non, et cependant tu n’es pas revenu encore ce soir. Je voudrais
savoir au juste ce qui en est et j’attends ton retour avec bien de
l’impatience. Dans le cas où tu aurais été obligé de rester à Versailles
ce soir, tu reviendras demain matin, n’est-ce pas ? Je n’ose pas prévoir
un cas assez grave pour te retenir au-delà de demain matin. J’aime mieux
espérer et avoir confiance en Dieu. En attendant, je t’aime, mon Victor
chéri, je te désire et je t’attends. Quand tu viendras, si le bon
M. Abel n’est plus
souffrant, je serai bien contente et bien heureuse et je me rabibocherai
de toutes mes forces de tout mon bonheur perdu. D’ici là, je
t’adore.
Juliette
a « mes nétoyages ».
b « a dîner ».
c « je ne pourrai ».
d « tout ces ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
