« 30 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 205-206], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6207, page consultée le 01 mai 2026.
30 décembre [1844], lundi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher adoré, bonjour, le doux, le charmant, le ravissant, l’ineffable,
le
sublime, l’idéal bien-aimé de mon cœur, bonjour. Comment vas-tu, mon Toto chéri ?
Tu
m’as quittéea de bien bonne heure
cette nuit. Mais, je sais que tu ne pouvais pas faire autrement puisque tu me l’as
dit
et que je veux toujours te croire.
Cher adoré bien-aimé je pense à la joie
qu’aura ma pauvre fillette en recevant ton beau livre1. Je voudrais déjà être à demain soir pour elle et tout de suite à
après-demain matin pour moi. Tu sais pourquoi ? C’est que j’aurai une adorable petite
lettre à baiser et à adorer et qu’il y a bien longtemps que je n’en ai pas eueb. Mon Victor bien-aimé, mon bonheur, ma vie,
ma joie, laisse-moi épancher mon amour comme je peux. J’ai tant besoin de te laisser
voir combien je t’aime que je ne sais par où commencer et de quel mot me servir. Je
prends le plus simple et le plus large : je t’aime et je
m’en servirai jusqu’à la fin de ma vie sans interruption sans parvenir à te dire
combien tu es mon adoré bien-aimé. Bonjour, mon petit Toto bien-aimé. Bonjour mon
cher
adoré. Bonjour toi, bonjour vous. J’ai osé regarder le beau
livre après que vous avez été parti. Mais je ne l’ai ouvert que sur mon lit avec les
plus grandes précautions et aux seuls endroits qui s’ouvraient d’eux-mêmes ; je ne
l’ai donc pas abîmé. Mais je voudrais avoir le livre qui n’est que broché pour le
regarder et le montrer à mon aise. Apporte-le-moi, mon cher petit Toto, ça me fera
bien plaisir.
Juliette
1 Un exemplaire illustré et relié de Notre-Dame de Paris (édition Furne, 1840).
a « quitté ».
b « eu ».
« 30 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 207-208], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6207, page consultée le 01 mai 2026.
30 décembre [1844], lundi soir, 9 h. ¾
Je vous attends, mon Toto, et de pied ferme encore. Nous verrons si vous reculerez
lâchement devant une JOLIE FEMME FRAÎCHEMENT BAIGNÉE. Je suis curieuse de savoir
comment vous vous en tirerez sans rougir de honte jusque dans vos fondations les plus
reculées. Que je vous y prenne, pôlisson, et vous verrez la
réputation SANS TÂCHE que je vous ferai. En attendant je me prépare au combat. Tue ou meursa1. Je ne connais que ça.
Cher petit homme adoré, j’espère que tu n’auras pas été forcé de voir M. Debelleyme. C’est déjà beaucoup trop d’ennui et de
dérangement comme cela sans y ajouter celui de faire la conversation et des salamalecs
avec des personnes qui ne sont pas de ton espèce. Enfin mon petit bien-aimé tu auras
été bon et généreux jusqu’à la fin2. Il faut espérer que M. Pradier en tiendra compte à sa fille au nom de
laquelle je t’ai demandé de le servir et de l’obliger malgré ta répugnance bien
motivée. Je t’en remercie, mon bien-aimé, du fond du cœur. Si je pouvais te donner
ma
vie, je serais la plus heureuse des femmes. En attendant que je te donne cette marque
de dévouement je vis pour t’aimer, pour t’admirer et pour t’adorer.
Tâche de
venir bien vite, mon bien-aimé. Et si tu peux y penser apporte-moi la brochure de
Notre-Dame illustrée. Je suis assaillie par la curiosité de
deux femelles qui sont chez moi. Je ne veux pas déflorer la belle, tu vois d’ici mon
embarras. Mais surtout viens bien vite, je t’attends.
Juliette
1 « Meurs ou tue », ordonne Don Diègue à Rodrigue dans Le Cid (Acte I, scène 5).
2 À la suite d’un constat en flagrant délit d’adultère de son épouse, et pour lui éviter la prison, James Pradier a demandé à Juliette l’intervention écrite de Victor Hugo auprès de M. Debelleyme, Président du Tribunal de Première instance de la Seine. Hugo écrit la lettre demandée le 18 décembre.
a « meure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
