« 28 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 199-200], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6205, page consultée le 05 mai 2026.
28 décembre [1844], samedi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto aimé, bonjour mon adoré petit Toto bonjour mon aimé chéri comment
vas-tu ce matin ? Est-ce que ta pauvre tête travaille et écrita toujours ? Est-ce que tu ne te reposeras
jamais ? Voilà plus d’un an que je te vois sans cesse travailler sans une minute de
relâche. Pauvre adoré il me semble que tu dois être au bout de tes forces et de ton
courage et cependant tu ne t’arrêtes pas. Pourvu que cela ne finisse pas par te faire
du mal, c’est tout ce que je demande au bon Dieu. Je lui demande bien encore autres
choses mais comme il faut ton concours pour qu’elles se fassent je ne compte pas sur
elles et je fais bien. Aime-moi, mon Toto, car je t’aime de toute mon âme, moi.
Je n’aurai pas besoin de sortir aujourd’hui. Claire m’a fait dire que Mme Marre viendra chez moi de très bonne heure. Il faut
donc que je me hâte de faire faire ma chambre pour y installer du feu pour quand cette
dame viendra. Clairette a fait la jardinière de Mme Luthereau plus un bel œillet
rouge pour M. de Férol dans le cas où je
jugerais convenable de le lui envoyer. Ce sera toi qui déciderasb cette grosse question. Il y a encore
un très joli bouquet d’œillets pour toi. Malheureusement je crois que c’est tout ce
qu’elle aura pu faire cette année. Si elle avait voulu suivre mon conseil elle ne
se
trouverait pas aussi à court aujourd’hui. Il est vrai qu’elle n’aurait pas eu tous
les
mois le bonheur de nous apporter quelque chose. En somme la chère enfant nous aime
et
elle travaille beaucoup. C’est tout ce que nous pouvons désirer d’elle pour le moment.
La raison viendra plus tard.
En attendant, mon Toto adoré, je vous aime à la
folie, ce qui n’est pas d’un très bon exemple. Je vous désire et je vous attends.
Me
voilà revenue de ma promenade. Le bon Dieu ne veut pas décidément que je sorte. Que
sa
volonté soit faite et les maux de tête aussi mais je ne l’en remercie pas mieux non
plus.
Juliette
a « écris ».
b « décidera ».
« 28 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 201-202], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6205, page consultée le 05 mai 2026.
28 décembre [1844], samedi soir, 11 h.
Je te remercie, mon cher petit bien-aimé d’être venu me chercher ce soir pour faire
tes provisions. Seulement comme l’appétit vient en mangeant
j’aurais voulu que notre promenade ne finisse jamais, quitte à manger toute la
boulangerie viennoise en route. Je suis tout de même très contente. J’espère que ma
Péronnelle1 le sera aussi. MÂTIN quel parapluie ! Fichtre de nom d’un chien quel
chic !2
En rentrant ce soir chez moi j’y ai trouvé la mère Lanvin qui venait me demander si le jardinier
pourrait voir le jardin pour me dire d’avance ce qu’il coûterait à faire arranger.
Je
lui ai dit qu’elle pouvait l’envoyer et que je ferais prévenir la portière. De cette
façon nous pourrons voir ce que nous aurons à décider au sujet de ce parc, non aux cerfs3 ; en même temps elle a emporté le
parapluie de Claire pour faire graver son
chiffre, c’est-à-dire son nom, sur la petite plaque en
vermeil qui est au manche. Je n’ai pas refusé, attendu que cela ne me coûtera rien
ni
à elle non plus. Voilà ce qui m’a décidée. Ai-je bien fait, mon Toto ?
Cher
petit bien-aimé, je vous adore. Vous êtes très gentil de m’avoir fait marcher. Cela
m’a fait du bien à la tête. Vous devriez venir me chercher encore demain encore après
demain et encore les autres jours. Ça serait très gentil et très higyénique. Je ne
sais pas où se place l’y ou l’i de ce mot-là : vous le mettrez où vous voudrez, pourvu
que ce ne soit pas dans ma soupe. Baisez-moi, mon petit bien-aimé adoré et
apportez-moi tout de SUITE DEUX NOTRE-DAME ILLUSTRÉES ET RELIÉES4 et je crierai de toutes mes forces : vive Toto !
Vive le grand Toto !!!
Juliette
2 Au cours de cette promenade, Juliette aura enfin acheté le parapluie destiné à Claire pour ses étrennes de janvier 1844 et dont l’acquisition était sans cesse reportée, faute d’argent.
3 Le Parc aux Cerfs était un quartier de Versailles abritant, sous Louis XV, une maison de plaisir où il recevait ses maîtresses. L’expression « Parc aux Cerfs » désigne ensuite un lupanar.
4 Juliette veut un exemplaire de l’édition Furne (1840) illustré de Notre-Dame de Paris pour elle, et un autre pour son amie Mme Luthereau.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
