« 4 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 211-212], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5513, page consultée le 01 mai 2026.
4 octobre [1844], vendredi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour, toi, bonjour,
vous, comment que ça va ce matin ? As-tu un peu dormi cette nuit ? M’aimes-tu ? Te
verrai-je bientôt ? Voilà quatre petites questions qui me tiennent bien au cœur, tu
serais bien gentil de venir tout de suite m’en donner les réponses. Je voudrais bien,
mon Toto chéri, que tu n’ailles pas chez M. Molé, si cela se peut sans inconvénient pour la politesse et les
procédés, ce que je ne sais pas. Quand je pense que ta visite chez ce M. me privera
toute une éternelle journée du bonheur de te voir, je suis capable de sauter à pieds
joints par dessus toutes les convenances et tous les égards du monde.
Cependant,
mon cher amour, fais ce que tu croiras indispensable de faire. Je serai malheureuse
toute une journée, voilà tout. Je devrais en avoir pris l’habitude depuis longtemps,
mais je ne m’habituerai jamais à ne pas te voir. J’en souffre autant et plus que la
première fois. Ça n’est pas ma faute, n’est-ce pas mon amour ? Baise-moi, plains-moi
et aime-moi, viens bien vite et je serai la plus joyeuse et la plus heureuse femme
du
monde car je t’adore.
Juliette
« 4 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 213-214], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5513, page consultée le 01 mai 2026.
4 octobre [1844], vendredi soir, 8 h. ½
Vous êtes bien hardi pour avoir osé profaner mon SACRÉ VASE ! Que je vous y prenne
encore, pôlisson, et vous verrez de quel bois je me mouche.
En attendant, je veux bien vous pardonner encore cette fois-ci, mais n’y revenez pas
si vous tenez à vos précieux jours.
Je suis dans le ravissement de votre cœur, bien qu’il soit vide. Mais
j’ai l’espoir que vous le remplirez bientôt de quelque chose de bon, ce qui me le
fait
paraître dix mille millions de milliards de fois plus beau. Cher adoré, merci, merci,
tu me combles, ma petite médaille, la timbale de Mme Pierceau, ton buste, ton cœur et le reste, tu es mille fois trop bon pour moi. Je le sens bien,
va, tout ce qu’il y a de généreux, de doux et de charmant dans ces petits cadeaux
si
multipliés. Cependant, je dois te dire qu’ils n’ont pas en amour la même vertu qu’en
amitié. Ils n’entretiennent ni n’augmentent rien. Mon amour
ne saurait se grandir quand tu me donnerais le monde entier, quand tu me donnerais
ta
vie. À l’impossible nul n’est tenu, pas même une pauvre Juju comme moi.
Je
t’attends, mon Victor, et je ne me coucherai qu’à la dernière extrémité pour ne pas
te
désobéir. D’ailleurs je veux conserver mes yeux pour te
voir, pour t’admirer et pour t’adorer toute ma vie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
