« 27 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 143-144], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.718, page consultée le 05 mai 2026.
27 février [1836], samedi matin, 10 h.
Bonjour cher bijou, bonjour mon adoré, comment as-tu passé la nuit ? Moi, je suis
toujours un peu souffrante, et je pense plus que jamais à la possibilité d’un joli
petit enfant, tant pis pour vous.
J’ai passé la nuit avec cette idée là et je
t’avoue qu’elle n’a pas peu contribué à me faire prendre mon mal en patience. Ce matin
je suis très souffrante encore, mais j’espère que cela se dissipera dans la journée.
Bonjour, mauvais sujet, qui courez les bals, les répétitions, les réunions et
les estaminets, bonjour. Je vous aime, c’est-à-dire que je ne devrais pas vous aimer
mais je vous aime, je ne peux pas faire autrement et même si vous voulez que je dise
toute la vérité : je vous adore.
Cher petit homme chéri, je voudrais bien que ce
qui m’occupe soit vrai. Il me semble que la joie que j’en
éprouverais suffirait pour me guérir à l’instant même. Tu ne sais pas le bonheur que
cet autre petit toi répandrait sur ma vie. Tu ne sais pas
quelle joie, quelle félicité j’aurais en ayant un petit double de toi qui m’appartiendrait en toute propriété. Rien que d’y penser la
joie m’en vient au cœur comme si cela était.
Je t’aime mon Victor. Je t’aime,
voilà tout ce que je puis dire. C’est tout ce que je sens. Je t’aime.
J.
« 27 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 145-146], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.718, page consultée le 05 mai 2026.
27 février [1836], samedi soir, 8 h. ½
Décidément je crois que je le suis, je le crois à beaucoup
de symptômes dont un seul suffirait pour être bien certaine. D’abord, je vous aime
plus que je ne l’ai jamais fait ; ensuite, je suis très chipie. Ce que j’ai désiré
il
y a une minute me fait mal au cœur à présent. Je viens de faire l’expérience que les
pommes qui autrefois ne me passaient pas me réussissent très fort à présent. Enfin,
je
sais ce que je sais, je sens ce que je sens, et je dis plus que jamais : je crois
que
JE LE SUIS.
Cela n’empêche pas que nous ne prenions nos précautions pour ne pas
manquer notre coup comme on dit. Je vous attends ce soir
très tôt ; et je vous promets d’être très prête.
Mon
cher petit bijou, je n’ai pas pu rien manger, qu’une moitié de pomme ; comme elle
m’a
très bien réussi, je vais en manger parce que je veux être forte comme un Turc quand
tu viendras tout à l’heure.
Vous voyez bien que vous étiez à cette comédie, vous voyez bien que vous vous faites faire des
bottesrouges, vous en êtes témoin ; même que j’ai le droit de me
déguiser en odalisse et de faire ma belle à l’ami carême qui est aussi le mien. Cependant, je vous n’aime.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
