« 17 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 61-62], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11578, page consultée le 01 mai 2026.
17 janvier [1844], mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour mon cher petit
prometteur. Bonjour je vous fais mon compliment de votre exactitude. Bonjour, bonjour, je vous adore. Vous êtes très
gentil, Voime, voime, il faut le dire vite pour
ne pas se tromper. Moi je vous fais acheter votre briquet chimique pour que vous ne
fassiez plus des scènes nocturnes à ce pauvre Toto au risque de le rendre malade.
Je
suis un peu plus exacte que vous, moi, et je pourrais lutter avec le canon du Palais
Royal au mois de juin1.
Vous m’avez dit, mon Toto, que vous ne pourriez pas me
faire sortir aujourd’hui ni demain parce que vous avez des affaires mais vous ne m’avez pas dit lesquelles ? Je ne suis pas assez orientale pour me contenter de cette réponse. Il faudra que
vous ajoutiez l’explication détaillée des affaires qui vous
occuperont tous ces jours-ci sans vous laisser un moment pour me faire respirer et
pour penser à moi. Je deviens très exigeante comme vous voyez. Cela tient peut-être
au
dégel. À propos de dégel, il me semble qu’il serait prudent de commander des bottes
à
Dabat ? Il faut me le dire et me dire
aussi de quel pied vous les voulez puisque vous avez trouvé un nouveau procédé pour
faire faire trois fois plus de chemin à un de vos pieds qu’à l’autre.
Je vous
aime mon Toto adoré. Je vous aime quoique… et malgré que… Je vous aime toujours, je
suis une drôle de femme comme vous voyez. Baisez-moi et faites-moi cirer vos bottes, j’y consens mais aimez-moi ou je vous tue.
C’est mon ultimatum.
Juliette
1 Le canon du Palais-Royal, crée en 1786, « installé sur la ligne méridienne de Paris tonnait à midi » ce qui permettait aux habitants de régler leur montre avec précision. Il disparut en 1911. (Voir : http://mobile.monuments-nationaux.fr. Dernière consultation le 15/04/2016).
« 17 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 63-64], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11578, page consultée le 01 mai 2026.
17 janvier [1844], mercredi soir, 10 h. ¾
Je ne te vois plus, mon Toto et cela ne m’arrange que tout juste assez pour être
horriblement fâchée. Vraiment, mon cher petit, je ne te vois pas assez. Conviens-en
et
tâche de me donner un peu plus de temps malgré ton travail, malgré tes affaires pour
que je ne sois pas un pauvre chien abandonné.
J’espère que ce ne sont pas mes
deux vieilles filles qui t’ont fait fuir si vite ? Voilà d’y a plusieurs fois. Tiens
te voilà, quel bonheur !a
18 janvier [1844], jeudi matin, 11 h.
Mon cher bien-aimé adoré, je devrais faire servir mes vieilles lettres, cela
économiserait du bon papier blanc et ce serait toujours la même chose. Je suis si
bête
que je ne sais rien te dire ; et je t’aime tant que c’en est monotone. Aussi je
pourrais, à la date près, faire servir le même gribouillage depuis un bout de l’année
jusqu’à l’autre, tu ne t’en apercevrais pas. Cependant, je comprends bien tout ce
qu’il y a de grand, de doux, de beau et de sublime en toi, mon adoré. Pas une seule
de
tes divines pensées n’est perdue, je les recueille toutes au fond de mon cœur et mon
admiration se change en adoration. Mais rien ne profite à mon esprit, je reste
toujours une pauvre petite bête de Juju comme
devant. Ce n’est pas ma faute, comte à chacun son lot1. Le bon Dieu vous a donné le génie, à
moi il m’a donné l’amour. Ces deux choses vont très bien l’une à l’autre, c’est pour
cela qu’il faut vous laisser aimer par moi dans ce monde et dans l’autre jusqu’à la
consommation des siècles.
Baisez-moi mon cher petit bien-aimé et tâchez de ne
pas me laisser vous désirer et vous aimer à crédit toute la
journée.
Juliette
1 Citation à élucider.
a Huit points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
