« 25 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 207-208], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11517, page consultée le 01 mai 2026.
25 décembre [1843], lundi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme. Bonjour comment que ça va
ce matin ? Vous vous gobergez-t-y bien dans la gloire de votre Toto1premier ; deuxième du moins ? Êtes-vous bien heureux, bien
fêté, bien choyé, bien caressé ? Réservez-moi un petit coin de votre cœur d’où je
puisse entendre toutes les joies et n’usez pas votre chère petite bouche à donner
et à
rendre les baisers à toute cette petite bande joyeuse. Gardez-moi-z-en pour moi s’il
vous plaît.
Je viens de recevoir une lettre de ma pauvre péronnelle, il paraît
qu’elle a la joue et le cou enflésa.
Du reste elle se porte bien. Elle attend le samedi avec bien de l’impatience. Sa
lettre est très gentille.
Mais je voudrais bien vous voir, moi ! Tout le monde
vous voit excepté moi. Tout le monde admire votre beau chapeau que je n’ai jamais
vu,
je n’en dirai pas autant que votre épée quoique je la voie trop peu souvent. Je veux
que vous me l’apportiez tout de suite à voir, j’ai besoin de savoir si elle ne s’est
point rouillée depuis le temps que je l’ai vue pour la dernière fois. Voime, voime, scélérat, il est probable que vous
l’aurez fait fourbir par les mêmes petites mains blanches et
potelées qui vous ont déjà fourbi votre tourne-broche
arabe. Si je savais cela je vous couperais la musette avec mon grand couteau. C’est
pour cela que je veux que vous m’apportiez la chose à voir tout de suite. En attendant
je repasse mon eustache2sur la meule de la jalousie. Voilà une jolie phrase et qui
peut aller de pair avec « le génie de la tombe souriant à la destruction ». Baisez-moi
vilain monstre, aimez-moi de force ou je vous tue.
Juliette
1 François-Victor Hugo, dont on fête un succès scolaire.
2 Eustache : petit couteau.
a « enflé ».
« 25 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 209-210], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11517, page consultée le 01 mai 2026.
25 décembre [1843], lundi soir, 6 h.
Tu as été bien pressé de me quitter, mon Toto, autrefois tu m’appelais ton soleil et tu aimais rester auprès de moi, maintenant tu me
fuis et tu cours après une espèce de lune de jour que tu prends pour un soleil. Moi
je
reste dans mon ombre et dans ma tristesse ce dont tu te soucies fort peu. Cependant
je
ne t’en veux pas, je t’aime et je souffre voilà tout.
Je viens d’écrire à ma
pauvre péronnelle ; Suzanne portera la
lettre en allant chercher les petits ouvrages qu’elle a faitsa pour sa tante. Lanvin a eu fini à près de trois heures ce qui est
cause que je n’ai pu faire ma toilette que tard. Du reste il a paru ravi du butin,
ce
que je crois sans peine vu l’état plus qu’avarié de ses hardes. La mère Lanvin viendra demain soir m’apporter les petits
rideaux de la cheminée et prendre les pénaillons
que j’envoie à Brest.
Voilà, mon Toto, ma journée d’aujourd’hui et à peu de chose
près ma journée de demain. Les jours se suivent et se ressemblent trop pour moi.
J’aimerais qu’ils passent moins au triste fixe. Dussé-jeb avoir quelque fois la tempête pour un beau rayonnant. Mais
il n’est pas question de mon goût, je m’en aperçois que de reste.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je te plains mon pauvre adoré de lire tous les jours ces espèces de grognements
plaintifs que je ne peux pas m’empêcher de laisser sortir de mon pauvre cœur. Si tu
voulais je ne t’écrirais que lorsque je suis heureuse, cela ne t’importunerait pas
souvent et cela te serait moins désagréable. Essaies-en, tu verras que tu aimeras
mieux cela. Je t’aime trop vois-tu pour te paraître aimable.
Juliette
a « fait ».
b « dussai-je ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
