« 12 mai 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 35-36], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10568, page consultée le 07 mai 2026.
12 mai [1842], jeudi matin, 10 h. ½
Bonjour monstre de Toto, bonjour affreux bonhomme, bonjour académicien, bonjour être
stupide, bonjour le plus vil des hommes décidément. Vous êtes bien revenu, n’est-ce
pas ? Vous êtes gentil n’est-ce pas ? vous êtes aimable et adorable n’est-ce pas ?
Voime, voime à côté il y a de la place aussi,
je vous préviens que tous vos lâches procédés commencent à ne plus me monter
l’imagination du tout. Vous feriez bien si vous tenez à me la monter d’en changer
entièrement car je vous préviens que ceux-ci m’embêtent et m’agacent au dernier
point. Ia ia monsire Matame che zuis exasbérée
et che tonne ma tépissevie te vemme aimée, aimaple et aimante. Il n’y a bas te l’eau
à
poire tans set éclat.
Il fait un froid de loup ce matin. Hier il faisait chaud
et charmant. Voilà comment les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Pour mieux
faire mentir la justesse et la justice de ce proverbe vous devriez venir me chercher
pour me mener sur la montagne. Je serai toujours très contente, je vous assure, et
quelque temps qui fasse. Sur ce baisez-moi vilain monstre et aimez-moi si vous en
avez
le cœur, ce dont je doute très fort. Vous n’avez pas d’académie j’espère aujourd’hui.
Tâchez donc alors de venir ou je me fâche tout rouge.
Juliette
« 12 mai 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 37-38], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10568, page consultée le 07 mai 2026.
12 mai [1842], après-midi, 3 h. ½
Quel froid, quel froid, mon Toto, c’est à ne plus savoir où on en est. Pour moi je fais faire force chaufferettesa ne voulant pas roussir mes cheminées sous aucun prétexte. Du reste je vous en veux autant que s’il faisait la plus grande chaleur du monde. Je vous trouve de plus en plus insupportable et pas très drôle. Voilà mon [illis.] est venue. Je lui avais dit de venir le 10 c’est aujourd’hui le 12 et votre serviteur tout mon cœur je lui ai dit de revenir demain en lui promettant plus de chance. Je dois aussi nos chapeaux, vous devez vos souliers. Bref nous sommes sur le velours de nos créanciers en attendant que ce soit leur tour d’être sur le nôtre. Dieu de Dieu quel froid de chien. J’aurais bien besoin de marcher et de battre la semelle pour me réchauffer un peu, je grelotte comme un chien malade. Ca n’est décidément pas très drôle. Toto est une vieille bête, Toto est un filou, Toto se terre comme une grisette1, Toto se frise comme un garçon tailleur, Toto a l’air d’une poupée modèle, Toto est laid, Toto est ridicule, Toto est un académicien et tu ne veux pas me faire sortir, ah tu ne veux pas venir chez moi, ah tu ne veux pas m’aimer. Sois tranquille, je vais t’en faire une drôle de réputation et des gilets de taffetas rose pour quarante sous, tu peux compter sur moi vilain chinois.
Juliette
1 Jeune ouvrière peu farouche.
a « chaufrette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
