« 4 mars 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 149-150], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9625, page consultée le 01 mai 2026.
4 mars [1842], vendredi après-midi, 3 h. ½
Je t’écris debout, mon adoré, mais sans la moindre force et je vais me recoucher
tout de suite dès que je t’aurai écrit mon petit bout lettre. Je t’aime, mon Toto
adoré, je t’aime plus que je n’ai la force et le temps de te le dire, je t’aime de
toute mon âme. Il me semble que je ne me sens pas aussi bien aujourd’hui qu’hier,
mais
j’espère que ça ne sera rien et que demain je serai triomphante, mais en attendant
j’ai bien des petites coliquailleries, bien de la faiblesse, bien des hauts et bas
qui
me gênent et m’ennuient1.
J’ai vu Mlle Hureau comme tu sais qui n’avait
rien de nouveau à m’apprendre et qui venait seulement pour savoir de mes nouvelles
et
pour dire à Claire de se tenir prête pour
aller à confesse bientôt2. Du reste je n’ai vu personne et je ne verrai probablement personne
d’aujourd’hui. Je serai toute seule avec votre pensée, ce qui est une fort bonne
compagnie à défaut de votre chère petite personne en chair et en os. À propos de cela,
je regrette presque que vous ne soyez pas le plus grippé des hommes, car c’est la
seule occasion où je puisse vous AGRIPPER un peu et qu’elle n’a pas duré assez
longtemps pour que j’en profite utilement3. Cependant
vous avez encore du sirop de gomme, de la crème de riz, des épinards au sucre et des
confitures, est-ce que cela ne vous sourit pas ? Je ne parle pas de moi, car je ne
suis ni appétissante, ni attrayante, ni amusante dans ce moment ci quoique je ne vous
aie jamais ni plus ni mieux aimé, mais cela ne suffit pas. Je croyais n’avoir personne
et voilà que Mme Pierceau et Mme Krafft chacune de leur côté sont arrivées en même
temps. J’ai jaboté un peu et maintenant qu’elles sont
parties je finis ma lettre comme je l’ai commencée en vous aimant et en vous désirant
de toute mon âme. Je voudrais savoir où vous êtes pour vous aller chercher et vous
faire marcher un peu devant moi un peu vite, scélérat.
Juliette
1 Juliette a été malade au mois de février, elle entre seulement en convalescence.
2 Claire, qui depuis 1836 est en pension dans un établissement de Saint-Mandé, vit actuellement chez sa mère depuis le mois de janvier et ne sera de nouveau admise dans son pensionnant qu’au mois de mai.
3 Victor Hugo a été légèrement souffrant et Juliette se réjouissait de pouvoir à son tour « dorloter » son amant comme il a pu le faire pour elle. (Lettre du 3 mars)
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
