« 26 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 77-78], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11126, page consultée le 04 mai 2026.
26 janvier [1842], mercredi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher petit homme. Comment vas-tu ce matin ?
Pourquoi n’es-tu pas revenu ? Je n’aime pas ce genre d’exercice, vous trouvez bien
moyen d’aller faire la roue devant les Contades de tous les
âges et de toutes les couleurs avec des chapeaux en veloursa doublé de popeline, et vous ne trouvez
pas le temps de venir baiser, en tout bien tout honneur, votre pauvre vieille juju
qui
vous adore. Tout cela n’est pas très clair, comme vous voyez. Baisez-moi, scélérat,
et
prenez garde à vos pieds. Vous devriez tâcher de mettre vos bottes neuves, mon cher
petit homme, car vous vous exposez beaucoup avec ces espèces de poêles à marrons que
vous avez aux pieds. Si vous n’étiez pas si douillet et si négligeant, vous essaieriez
de les mettre aujourd’hui. Vous savez que j’attends le médecin aujourd’hui et
peut-être Mlle Hureau. Tu ne saurais croire combien l’affaire de la pension m’inquiète
et me tient au cœur ; je donnerais tout au monde, hors ce qui touche notre amour,
pour
être sûre que ma fille ne quittera pas Mlle Hureau. C’est
vraiment un grand malheur qui nous arrive là, surtout à l’âge qu’ab ma fille, le plus
charmant ou le pire des âges, selon l’événementc qui en décide. Je me serais bien passéed de cette inquiétude-là en ce
moment-ci et toujours. Enfin, il faut accepter ce que la providence vous envoie mais
je me serais bien passéee de ce
tourment après celui assez vif dont je sortais pour la rougeole.
Baise-moi, mon
bon petit bien-aimé, et préserve-toi du froid et de l’humidité, et tâche de venir
me
voir bien vite. Je t’aime. Je ne me rassure et je ne me console qu’avec toi, comme
je
ne vis et je ne suis heureuse qu’en toi. Baise-moi encore. Jour Toto, jour mon beau Toto.
Juliette
a « velour ».
b « à ».
c « évênement ».
d « passé ».
e « passé ».
« 26 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 79-80], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11126, page consultée le 04 mai 2026.
26 janvier [1842], mercredi soir, 7 h.
Les médecins, les maîtresses d’écoles et tout le diable et son train m’ont empêchée de vous voir, mon amour. Vous seriez donc bien gentil et bien bon de venir me rabibocher de mon bonheur perdu. Comme toujours, tout le monde est arrivé ensemble, et comme toujours encore, c’est moi qui suis vexée. Cependant, je n’oserai pas me plaindre cette fois-ci, si la bonne Mlle Hureau reprend ma fille, n’importe sous quel nom, n’importe à quel titre, car plus que jamais, je sens la nécessité d’avoir pour ma fille une personne sûre et bienveillante, et à cet égard, il serait difficile de souhaiter ou d’imaginer mieux que cette honnête et excellente demoiselle. Enfin, si ce n’est pas elle, ce sera toujours quelqu’un qu’elle connaîtra et chez qui [elle pourra ?] voir, surveiller, et s’intéresser à ma fille, chose que, dans ma position, je ne peux guère faire moi-même que d’intention et de cœur, mais non de fait et des yeux. Tu comprends mon insistance, n’est-ce pas mon amour, et tu serais comme moi à ma place ? Baise-moi, mon adoré. Je te demande pardon, mon cher bien-aimé, de toutes ces ravauderies. Embrasse-moi, et aime-moi, je te dis que tu es mon cher bien-aimé. Quand te verrai-je, mon Toto chéri ? Je ne compte pas la petite miette de tantôt. Je n’en ai pas eu pour ma dent creuse seulement, et je compte sur la nuit prochaine pour me rabibocher de mon tantôt sur mon Toto.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
